AVENTURES AVEC MARIE

Un de mes jeunes me demande pourquoi j'entre dans toutes les traditions sur Marie, pourquoi on la sacralise, pourquoi on parle tant de sa virginité, etc.

Les raisons théologiques ne manquent pas : le Fils de Dieu est 'né d'une femme', souligne saint Paul, cela vaut que l'on s'y intéresse. J'ai entendu un célèbre rabbin dire : la bible détaille les fautes de tous les hommes, même Moïse et David, sauf de quelques femmes : Esther, Rout, Judith... Plus encore pour Marie. Elle a conçu par l'oreille, disent les Pères de l’Église, par l'écoute de la Parole transmise par l'ange, elle accompagne Jésus d'un bout à l'autre de sa vie. Elle a déclenché son premier miracle public. Matrice du Sauveur et prototype de l'homme sauvé, depuis Genèse 3,15 jusqu'à Apocalypse 12.

C'est autant mon expérience qui me ramène à elle, la prière de Marie est extrêmement puissante. Beaucoup de moments importants de ma vie se sont déroulés à Lourdes ou dans des lieux particulièrement mariaux, ce n'est pas le hasard. Tellement de grâces vécues !

Décision de mariage déclenchée par la prière de Marie.

Antoine, SDF qui me l'a fait connaître, me disait du bien de Marie-Lou : tu sais, elle a bon cœur... et il lui disait du bien de moi… mais Antoine est mort avant qu’on se marie. En fait la décision m’était impossible à prendre, Marie Lou était si fragile et dépressive, j’étais trop blessé par le départ de mon amie précédente, je n’arrivais pas à m’engager, j’avais peur de la faire souffrir. Justement le Renouveau allait pour Pentecôte à Lourdes en 1975. Peut-être y verrai-je plus clair ? Nous sommes accueillis par Mgr Guyot, qui nous enseigne que « Marie est la guitare de l'Esprit Saint »

Arrivés là-bas, Marie-Lou me demande ce que je décide. Je réponds : on va demander à Marie et à nos amis de prier pour nous, parce que vraiment je n’arrive pas à me décider. Mais comment trouver nos amis, Patrick et Monique, et Jean Baptiste, le jésuite ? on se donne quand même tous les 2 rendez-vous pour le lundi à 17h à l’entrée de la prairie.

Nous arrivons à la prairie, le jour dit, à 17h, et surprise! Patrick et Monique sont « par hasard » devant la porte. On se dirige vers la chapelle saint Joseph, où je demande à mes frères leur prière. Au bout de quelques minutes, nouvelle surprise, notre frère Jean Baptiste arrive en disant : « j’ai quitté la procession, il m’a semblé que je devais venir dans cette chapelle ! ». On prie 15 minutes et tout devient clair. Ma blessure, mes doutes sont envolés. C’est OUI ! Merci Marie pour ta prière.

Guérisons reçues à Lourdes, chez Marie

Nous sommes à nouveau à Lourdes pour un pèlerinage. Le matin sous la tente, en m’habillant, je me bloque le dos : impossible de me redresser. Je suis très embêté car je sors d’une sciatique, il a fallu 3 mois de traitement pour en venir à bout. On me descend en voiture vers les sanctuaires, au dispensaire. Un médecin me fait une piqûre pour me soulager et je reste allongé. On me propose d’aller à la grotte avec les malades et je me retrouve au milieu des paralysés, depuis 5 ans, 10 ans, 20 ans… qui me remontent le moral, me disant qu’à Lourdes on repart toujours mieux qu’on est arrivé… donc je me dis que c’est ce qui va m’arriver : je ne peux pas repartir tout mal foutu ! Mais le Seigneur sait ce qu’il fait et c’est l’accueil de ces malades qui m’a guéri en profondeur, moi qui avais toujours peur des malades et des personnes handicapées, me voilà déjà un peu guéri de cette peur.

Le soir, j’ai moins mal et on me descend en fauteuil à la basilique souterraine pour la prière pour les malades. J’entends un prêtre de République Dominicaine annoncer que Dieu peut tout… et puis que deux sourds sont guéris et peuvent lever la main, qu’un cardiaque doit ressentir une chaleur dans sa poitrine, c’est le Seigneur qui le touche… et voilà que deux paralysés se lèvent ! Moi je n’ai pas grand-chose, mais le prêtre demande que chacun prie pour sa propre guérison. Je le fais, mais je n’ose pas essayer de bouger. Le lendemain, je n’ai plus aucune douleur ! Rien! Merci Seigneur !

Appel au service préparé par Marie

En 1978 au cours d'un pélerinage j'entends Marie me dire : « fais-toi petit ! » Je ne vois pas précisément à quoi Marie fait allusion, mais je prie souvent en ce sens. Le prêtre qui nous a préparés au mariage nous avait déjà parlé du diaconat, mais ce n’était pas le moment d’y penser vraiment. C’est à Montréjeau où nous venions souvent passer un WE avec les parents de Marie-Lou, que nous apprenons qu’un diacre va être ordonné dans le secteur. Nous allons rencontrer Roger et Mimi chez eux, Roger s'occupe de voyages de retraités, ce qu’ils vivent ne nous semble pas nous correspondre.Mais le samedi suivant, je prie devant le tabernacle quand j’entends intérieurement cette demande : « Veux-tu être au service de mon corps ? » Je comprends qu’il s’agit du diaconat et je réponds tout de suite oui, puisque c’est le Seigneur qui appelle et j'en parle à Marie Lou.

A la sortie de l'ordination, nous allons boire le pot de l’amitié. J’aperçois notre évêque, le père Collini, qui me demande :

- Et toi, José, quand est-ce que je t’ordonne diacre ? 

- Quand vous voulez.

- Va d’abord demander à ton épouse.

- Elle est d’accord !

Mille mercis à Marie Lou qui m'a soutenu. Je serai ordonné le 16 septembre 1984 à 35 ans, aux jour et heure de naissance d'Etienne notre fils. Joie de se donner tout entier à l'Amour.

Naissance de Marie Noëlle le 8 décembre, fête de l'Immaculée

En même temps que l'appel au diaconat se préparait l’accueil de Marie Noëlle. Après trois ans de mariage, nous n’avions pas encore d’enfant. Mais pourquoi pas adopter un enfant handicapé ? Ceux-là ne trouvent pas souvent de parents adoptifs ! Cette idée dépasse nos forces et nous décidons d’aller à Lourdes prier pour cela. Mais quelques semaines avant le voyage, Marie Lou a été enceinte. Nous allons à Lourdes quand même, pour remercier la Vierge de sa prière pour nous.

Arrivé devant les fontaines, j’entends en moi une voix : « L’enfant que vous m’avez demandé, c’est lui ! ». A l’instant je comprends que nous aurons un enfant handicapé, et que le Seigneur nous le confie, nous estimant capables de l’élever. J’ai ressenti de la joie, même de la fierté. Mais je n’ai rien dit à mon épouse, cela l’aurait troublée si je me trompais. Huit mois plus tard naissait en avance notre enfant (prévue pour Noël), Marie-Noëlle par césarienne, un bout de fille toute ronde, dont les médecins voyaient l’avenir bien sombre, ils nous l’ont bien fait comprendre. Les médecins ne sont pas préparés à aider les parents à accueillir un enfant handicapé.

Marie-Noëlle fuyait les contacts, tout bruit fort la faisait se tendre et se refermer sur elle même, mais nous ne savions pas ce qu'elle vivait. Si elle pleurait et que je la prenais dans les bras, elle pleurait encore plus ! Je me suis parfois senti rejeté de ma propre fille, mais je n'ai jamais regretté de l'avoir accueillie. Les parents pensent qu'ils ne seront pas capables d'élever un enfant handicapé, nous ne l'étions pas non plus au départ, mais la force est donnée sur le moment.

Aux 14 ans de Marie Noëlle on nous a parlé d'autisme pour la première fois. J'ai enfin compris ses angoisses. Il lui a fallu 3 ans pour sourire vraiment, 7 ans pour commencer à marcher, elle est devenue une jeune fille assez joyeuse et présente, mais ne pouvant pas parler, il faut beaucoup de patience à mon épouse pour s'occuper d'elle, je l'en suis reconnaissant ; l'angoisse de Marie Noëlle et ses colères régressent peu à peu.

La Portière du ciel

Non, la sainte Vierge ne m'est pas apparue, mais elle a voulu manifester sa compassion tout prés de moi, chez Paul de Soos, frère de la Communion de l'Olivier dont nous faisons partie, aujourd'hui décédé et qui habitait rue Darquié, à trente pas du lieu de réunion de notre groupe de prière. J'étais bien berger du groupe à l'époque, mais dépassé par les événements : des icônes de notre frère suintait en continu une huile délicieusement parfumée. Il recueillait le parfum sur des cotons, échangés contre les intentions de prière des visiteurs. Certains jours, c'était un vrai défilé de priants et de curieux, et d'autant plus que La Dépêche protestait contre le phénomène et cherchait des explications politiques. Marie avait choisi une ville dont le quotidien régional était plus que réticent à accepter sa manifestation imprévue. Les journalistes ne pouvaient s'empêcher de soupçonner haut et fort que tout soit orchestré par la mairie de Toulouse, puisque notre frère en question était parent de la première adjointe au maire. La récupération politique était évidente pour certains. Pendant ce temps quantité de grâces ont comblé les visiteurs priants.

Pour notre évêque, la question était plutôt : pourquoi la Vierge aurait-elle choisi ce chrétien là ? Paul était plein de qualités de générosité et d'ouverture, mais avait une difficulté certaine à appliquer les consignes de l'évêque et du comité mis en place pour canaliser le flot et relayer notre frère. L'essentiel était la miséricorde qui coulait de Marie sur les toulousains. De même qu'un chrétien ordinaire, Marie avait choisi de simples reproductions photographiques d'une icône ancienne et d'origine orthodoxe, portant l'inscription « portaïtissa » c'est à dire « portière » (du ciel). La porte, c'est Jésus, mais Marie a voulu rappeler chez nous sa compassion et son rôle d'ouvrir à Dieu les portes des cœurs. Cela valait le coup de déranger les habitudes locales.

Quarante ans de honte

Au cours d’autres retraites je suis guéri progressivement de mon passé douloureux que je n’aurais même pas pu confier à un psychologue  : j'avais trop honte. Ce qui est beau avec le Seigneur, c’est qu’il est le meilleur des psychologues, il ne réveille les choses douloureuses que progressivement et au bon moment, l’une après l’autre comme les feuilles de l’artichaut, et au moment de les guérir.

A nouveau j’accompagne des retraitants à la communauté de l’Arbre de Vie, communauté très mariale. Nous vivons ensemble la semaine sainte. Le vendredi saint, pendant ma promenade, à 15h, je suis attiré sur un petit chemin, qui devient boueux et qui monte. Je râle contre la boue, j’entends Jésus me demander si le chemin qu’il a monté était propre. J’ai l’intuition qu’il va faire quelque chose. J’entends ces mots : « je veux te guérir de la honte ! » et je sens comme un grand poids tomber soudain de mes épaules ! Je ne savais même pas que je vivais dans la honte.

Je réalise que j’ai vécu dans la honte depuis quarante ans, en particulier depuis ces agressions par un aumônier scout, mais déjà dans mon enfance marquée par l'énurésie et l'encoprésie. Je descends le chemin en sautant de joie. C’est une vie nouvelle qui m’est donnée. Combien je suis aimé par Jésus qui me rejoint dans ma solitude et ma souffrance de toujours !

Ce qui guérit en profondeur, c’est l’amour. Au moment où je souffrais et me croyais loin de Dieu, il était là et cherchait déjà comment m’atteindre pour me guérir.

Avec les souffrants de maladies psychiques

C'est à l'Olivier que nous avons connu Marie Annick, jeune et si sympathique et sa souffrance de schizophrène. Nous avons essayé à plusieurs de l'accompagner, mais nous étions si ignorants de sa maladie... Marie Annick a fini par se jeter dans la Garonne quand son psychiatre lui a interdit de prier. Pourtant elle a été au départ de mon engagement auprès des familles des malades. On pense aux souffrances des malades, moins aux souffrances de leur entourage...

A Lourdes je passe une semaine à Aygues Vives, dans une maison d'accueil où vivent quelques personnes malades psychiques stabilisés. Un matin, je suis très touché par une icône fixée sur le fond de l'église sainte Bernadette, l'icône dite de Cambrai, ou « Vierge au doux baiser », la seule image de Marie que Bernadette aimait. Qu'elle est belle et tendre, Marie, « océan de myrrhe », parfum de l'amour, selon son nom Myr-iam, joue contre joue avec son enfant. Je ressens le même jour à la grotte que Marie m'embrasse avec une grande douceur et me guérit de l'affection qui m'a manqué petit.

En 2008 nous commençons avec deux autres diacres, Jérôme et Bruno-Marie une semaine biblique à Lourdes, pour des personnes malades et stabilisées. Est-ce qu'elles n'ont pas besoin de la Parole de Dieu ? Qui les délivrera de l'échec, de la culpabilité, de la honte si je ne m'y mets pas ? Enfin mes souffrances psychiques servent à quelque chose, à les comprendre et les rejoindre. Oui j'ai la « chance » de pouvoir comprendre le fardeau multiple qu'ils portent : ils souffrent de leur maladie, bien sûr, et de l'échec de leur vie. Ils savent qu'ils font souffrir leurs proches quand ils sont mal et sont sources de problèmes. Ils sentent le rejet, on a peur d'eux, pas d'embauche, se croient des poids inutiles pour la société. Enfin, ils n'ont pas d'amis ou croient qu'ils ne peuvent pas en avoir, car ils ont souvent honte d'eux-mêmes.

Marie Noelle nous quitte en 2015 et Marie Lou en 2019, je leur ferme les yeux dans une grande paix. Le lendemain des obsèques de Marie Noelle, qui aimait tant les tissus brillants, je suis réveillé par deux versets du psaume 44-45 que la liturgie propose pour les fêtes de Marie : "Fille de roi, elle est là, dans sa gloire, vêtue d'étoffes d'or ; on la conduit, toute parée, vers le roi. Des jeunes filles, ses compagnes, lui font cortège ; on les conduit parmi les chants de fête : elles entrent au palais du roi."

En 2019 à Lourdes je suis en pélerinage avec les familles de malades psychiques lorsqu'un ami diacre en fauteuil est guéri devant moi de ses profondes douleurs dorsales pendant l'adoration, au moment où il se met péniblement à genoux devant le Christ exposé. La compagnie d'aviation a du mal croire que c'est le même homme, parti en fauteuil et qui revient sans.

« Voici ta mère ! » dit Jésus. L'accueillir ainsi, prier avec elle attire l'Esprit saint et bien des grâces.

José RAISSON diacre à Toulouse