Suite à l’invitation de Mgr Thomas quelques conjoints de malades psychiques s’ expriment « que nous apportent- ils » ? Le Lien N° 25 ( 2012 ):

PAUL - « Entre nous je ne sais pas encore où est et qui peut se vanter d'être NORMAL sauf  l'UN qui est venu parmi nous et que j'admire par ce que les Évangélistes racontent de ses actes et de ses propos … , donc ma conjointe m'a appris peu à peu à mettre de l'ordre " dans mes pensées, mes paroles et mes actes" où chacun recherche le plus de coordination, de bon sens partagé, d'homogénéité… Tout ceci est une œuvre qui demande des années, avec des moments sombres et des joies profondes ».

AUDE- « Mon conjoint m'a fait faire tout un chemin humain et spirituel, impuissance radicale à le "sauver" de son malheur, à le comprendre... J'ai découvert mes limites, les limites de l'amour humain aussi ; cela m'a permis de me situer plus en vérité par rapport à moi-même, aux autres et au Seigneur aussi.

Tout cela m'a rendue plus "humaine", plus confiante aussi en la force et la grâce de Dieu donnée au jour le jour... j'ai aussi mesuré quel courage et quelle foi, il lui faut pour vivre, certains jours...»

DANIÈLE- « Grâce à mon mari et à son handicap, le Seigneur a fait pour moi des Merveilles... m'apprenant à me laisser déplacer de mes idées et bouger de l'acquis reçu de l'éducation... pour m'ouvrir à l'inconnu, à l'Autre, à autrui... me donnant de vivre Sa paix... à ne pas confondre avec ''la tranquillité de conformité à sa propre ressemblance''».

CLAIRE- « Le "Notre Père" prend une place différente :

  • Vivre le pardon au quotidien : "pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons" ... et Dieu sait si je dois pardonner plusieurs fois par jour le stress, les blessures/vexations .
  • "Donne-nous notre pain de ce jour" : donne-moi la force de vivre "un jour à la fois", et parfois dans les crises "une heure à la fois"....
  • S'il me faut renoncer chaque jour à avoir un compagnon, l'accueil du Christ ressuscité est un autre compagnonnage, mystique et riche

… Je suis mal mariée, je suis seule à deux, solidaire de bien d'autres. Dans le passé, les crises et le mal- être de F, m'ont appris à communiquer autrement avec les hommes que je rencontrais dans le cadre de mon travail ; et si j'ai fait du "bon travail" à cet égard, c'est vraiment "grâce à F". Puissent ces quelques réflexions nous permettre de "tenir" dans l'amour et la sérénité ».

CHANTAL- « Chaque jour, me dépasser, réfléchir avant d'agir, comprendre que derrière des mots terribles se cache autre chose, une souffrance qui me dépasse. Essayer de garder "la maîtrise" dans le bouillonnement de mes pensées. Cela contraint à l'humilité, avec un grand H. Vivre au jour le jour, voire à l'heure dans les moments troublés.

Pardonner...à la limite du supportable (dans la foi). Se ressourcer sans cesse, prier, écouter les autres, ne pas se replier, "tenir la barre" pour éviter que le bateau coule, mais accepter de ne pas être le "capitaine".

Me "taire", "être là", opter pour la "compassion muette" dans les moments de dépression. …J'ai fait un choix : VIVRE ! Donc j'essaie de "lâcher prise" le plus possible. Si le Seigneur a mis mon mari sur ma route, je le supplie de s'en occuper ».

SYLVIE- « Que m'a apporté mon mari ? Colère, désespoir, haine, découragement, certes...et pendant des années. Mais j'ai découvert en moi une montagne de patience, la capacité de prendre de la distance sans avoir l'impression de ne plus l'aimer. J’ai acquis davantage de liberté, de compréhension de la souffrance d'autrui ; j'apprends à "Aimer sans dévorer" (livre de Lytta Basset), à respecter les choix de mon mari, à accepter ses angoisses délirantes, même si sur le moment je l'envoie balader sous le coup de la colère; j'apprends petit à petit à présenter à Dieu mes soucis, nos souffrances, ma difficulté à ne pas vouloir tout gérer, mes ratés quotidiens; j'apprends à me déculpabiliser (et çà, c'est un gros boulot !) et à m'aimer.

J'apprends heure après heure à percevoir les signes de la présence de Dieu dans nos vies ; tout douce ment, j'apprends à accueillir de minuscules étincelles de joie au milieu de mes larmes.

Sans la maladie de mon mari, je n'en serais peut-être pas là. La prière qui m'habite en ce moment : "Mon Dieu, fais de moi ce que Tu veux, mais dis-moi ce que je dois faire. Où es-Tu donc ? Que je Te voie et T'entende ! Attire mon mari près de Toi ! "Parfois aussi je me dis que l'humour peut être un remède efficace et puissant à notre désarroi ; en ce qui me concerne, c'est une voie que j'essaie de réemprunter, avec un certain (petit) succès».

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CORINNE - « Lorsque je suis près de Pierre, je me sens apaisée. Je ne l'ai jamais entendu se plaindre ni se révolter. Quelle leçon! J'ai appris à me réjouir de petites choses et à faire provision de bonheur en attendant la prochaine étincelle, à vivre au jour le jour, à être plus patiente, moins exigeante, plus indulgente. Sans cette maladie, je ne serais pas ce que je suis ; elle nous confronte à notre impuissance, à notre pauvreté.

Comme Marie qui méditait toutes ces choses en son cœur et se tenait au pied de la croix ...»

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ÉLISABETH- « Je n'arrive pas à rentrer dans toutes ces belles dynamiques dont vous témoignez et je vous admire. Je persévère dans la prière mais je me sens toujours au milieu de décombres comme après un tremblement de terre avec beaucoup de silence autour de moi. Je n'ai pas encore saisi le sens de tout ce qui est arrivé.

Que m'a apporté l'état de mon mari? A ce jour d'aujourd'hui je ne vois pas de positif. Il a précipité sa famille dans un complet désastre dont mes deux enfants et moi-même avons beaucoup de mal à nous remettre.

Maintenant qu'il ne vient plus à la maison je mesure dans quelle violence psychologique nous baignions y compris les débordements de violence physique. Je mesure l'ampleur des dégâts et comme me dit le médecin vous quittez le mari et vous prenez maintenant de plein fouet l'effet boomerang sur les enfants… Mes enfants et moi-même avons fait l'expérience d'un souffle dévastateur à l'endroit même où devait régner l'amour. Cela est très déstabilisant et il faudra encore beaucoup de temps pour en effacer les séquelles. Je me dis que cela est ma Croix et qu'il faut y passer. Qu'en retirerons-nous? Par delà la colère qui m'habite j'ose encore faire confiance à Dieu à qui rien n'est impossible et qui peut des pierres que voici faire surgir des enfants à Abraham » .

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CHRISTIANE - « A peine avais-je rédigé mes deux derniers mails avec "mon moral dans les chaussettes" que je les regrettais, avant même de recevoir le témoignage très fort d’Elizabeth qui vit des choses si difficiles ! "Apprendre le silence", c'est aussi ne prononcer que les bons mots, ceux qui peuvent faire du bien et taire ceux qui encombrent inutilement ceux qui nous entourent… Vous demandez quel positif y a-t-il à être déglingué ? Je répondrai aucun. Ce qui est positif, c'est de pouvoir sortir de l'épreuve sans être trop déglingué, en ayant appris à être plus fort ou plus adapté à la situation quand l'épreuve se présente, plus aimant, plus compréhensif, plus empathique mais plus distant et moins fusionnel, sachant nous protéger nous-mêmes pour pouvoir durer, plus acceptant de ne pas être responsable de tout, moins culpabilisé, plus acceptant nos propres limites, nos mauvaises décisions, nos ignorances, plus dans le lâcher-prise... C'est un long chemin».

Une autre épouse :

Comment je me suis laissée devenir son "Bouc Émissaire"le Lien N°27 (2013) :

Je vais essayer de puiser au fond de mon histoire le cheminement concret de cette prise de conscience, de cette acceptation, et le chemin humain intellectuel, spirituel qui en a suivi vers une acceptation.

Je suis issue d’une famille rurale de 7 enfants, dont la plus jeune est trisomique. Ma jeunesse a été marquée par un fort engagement dans la foi et l’Église.

Mariée depuis bientôt 40 ans à Jérémie, nous avons 3 enfants, maintenant hors foyer. Les difficultés ont commencé après la naissance de notre premier enfant qui m’a mise devant des difficultés imprévues : l’autre, le bébé, la conjointe n’existaient pas, seuls les rythmes de Jérémie, ses désirs avaient de l’importance... L’existence propre de l’autre, des autres, produisait chez lui des frustrations très fortes, sources de diverses violences, verbales ou autres...

L’ambiance devenant insupportable, j’ai demandé de l’aide à une conseillère conjugale ; Jérémie est venu à un rendez-vous, sans vouloir (sans pouvoir dirai-je maintenant) entreprendre une démarche d’adaptation mutuelle... J’ai continué un peu, seule, ce fut le début d’un enfermement dans une relation pathologique, mais je ne le savais pas.

Les rencontres avec ma famille et les amis sont devenues rares. Ce n’est que bien plus tard que j’ai commencé à comprendre que tout ce qui venait de l’extérieur le perturbait, sollicitait ses fragilités, attisait sa violence interne… et comme je suis l’élément demandant cette vie sociale, je suis devenue « le bouc émissaire », la source de tous ses malheurs…

Prise par nos trois enfants et une activité professionnelle qui me passionnait, je me suis laissée faire, espérant que son intelligence et l’amour lui feraient revenir à une meilleure attitude… Mais cela ne venait pas, je m’épuisais.

Grâce à une formation professionnelle j'’ai commencé à percevoir que le fait que j'aie une sœur trisomique que j'aimais avec ses limites , m'avait au départ rassurée, me permettant de relativiser ses propres difficultés ; et en comparaison les problèmes de Jérémie étaient légers et me semblaient surmontables. En effet il m’avait informé de ses soucis familiaux et d’une longue hospitalisation pour des problèmes neurologiques qu’il soignait. Je crois que mes convictions humaines et religieuses de l’époque ont accentué ma myopie : l’amour de la famille ne guérit pas de tout.

Tout un travail de thérapie m’a aidée à reprendre de l’assurance. Ces changements ne pouvaient aboutir.

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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais

« Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance »

Jn 10,10

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« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire. »

de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)