Rencontre nationale Relais Lumière Espérance 2013 à Bordeaux

Dialogue entre deux amies qui ont travaillé ensemble plus 25 ans, la responsable et la doyenne du groupe (94 ans) qui a toujours fait l’admiration de tous par son enthousiasme, sa vitalité extraordinaire et sa foi, une foi immense, humble et très profonde. Elle nous partage un petit peu de sa vie, 16 ans de Relais et plus de 40 ans de son existence de combat pour un de ces fils atteint de troubles psychiques.

Ecoutez l’enregistrement audio de ce dialogue :

Naissance d’un groupe dans le diocèse de Bordeaux

En 1986, une femme de médecin et mère de 5 enfants, entend parler à un congrès de l’UNAFAM d’un mouvement parisien destinés aux parents confrontés à la maladie mentale. Elle a eu envie de l’implanter en province, dans notre diocèse de Bordeaux.

Elle a rencontré notre évêque, des familles que le mouvement pourrait intéresser. Elle a trouvé un local accueillant chez les Dames du Cénacle à Libourne et découvert l’aumônier idéal, un ami, aumônier de l’Hôpital de Cadillac : l’abbé François Barre qui serait avec nous aujourd’hui si son état de santé le lui avait permis.

Il était avec nous et nos deux maris pour animer la première réunion, il ya plus de 25 ans, le 1 juin 1987.

Qu’est ce que Relais : juste une quinzaine de personnes réunies à Libourne pour une journée de réflexion et de prière ?

Pour ma part Relais fut une Bénédiction !   J’ai trouvé là, le calme, la compréhension, une chaude atmosphère d’amitié et de prière ! Là , enfin , après tant de solitude, de soucis, de démarches, je me trouvais au milieu de vrais amis connaissant des problèmes analogues, tout prêts à m’écouter, moi et les autres, prêts à partager soucis, recherches et prières.

Nous nous sommes retrouvés 4 fois par an durant toutes ces années, c’était peu. Aussi, très vite, à ces réunions classiques sont venues s’ajouter des journées de recollection dans la région ou chez l’abbé François Barre qui nous ouvrait salles et jardins de ses presbytères en nous accueillant de façon inoubliable. Nous avons été jusqu’à Belloc où Odée a un fils moine, et même jusqu’à Lourdes.

Enfin nous avons crée les « Portes Ouvertes » à la suite d’une réflexion d’un Papa qui trouvait que nous ne nous occupions guère de nos malades. Celles qui avaient de grandes maisons à la campagne les ont ouvertes pour accueillir parents, malades et amis pour des journées de détente avec jeux et pique-nique.

Depuis nous sommes devenu « Relais Lumière Espérance » et au groupe de Libourne porté et animé de longues années par Odée sont venus se joindre 3 équipes de Bordeaux. Mais l’esprit qui nous anime, je crois, n’a pas changé.

Comment vous êtes rendu compte que votre fils était aux prises avec des troubles sérieux ?

J’avais un fils malade, j’en avais deux autres qui ont réussi, un médecin et un avocat. Nous nous posions des questions, comme beaucoup de parents. Qu’est-ce qui nous arrivait, qu’est-ce qu’il avait, ne sachant pas à quel saints se vouer. Nous étions désorientés.

C’est à Blois, dans les années 1970, que sautes d’humeur, tenues débraillées et comportements étranges ont commencé à nous donner bien du souci. Que signifiait un pareil comportement ?

Notre fils c’est alors découvert une vocation pour la cuisine et après avoir discuté ce projet, brevet en poche, il a été admis dans un lycée hôtelier. Pourquoi pas !

Mais cela n’a pas duré, et lors d’une nouvelle mutation de mon mari, il est venu nous rejoindre à Saint Brieuc, déclarant : «  j’ai 18 ans, je suis majeur, finis les études !, je pars en communauté » … C’était alors la grande mode. Nouvelles discussions, départ aux environs de Paris et … retour au bout de quelques jours.

La communauté ne voulait pas d’un poids mort et lui demandait d’acquérir des notions d’agriculture pour entretenir jardins et plantations. Nous avons fini par trouver un stage chez un propriétaire où il a fini l’année scolaire, donnant satisfaction et amassant un petit pécule. Il est alors parti en Grèce.

Devant une telle instabilité, quelles étaient les réactions de votre entourage ?

J’avoue que le comportement de mon fils, son instabilité, nous inquiétaient beaucoup, sans trouver, hélas, beaucoup de compréhensions et de réconfort dans notre entourage. Mon frère ainé, médecin, nous a reproché de trop gâter notre petit dernier. Il y avait peut-être du vrai … mais cela n’expliquait pas tout.

J’ai réussi en 1978 ou1979 à obtenir une consultation avec un psychiatre, une femme qui nous a déclaré : «  C’est un marginal, il n’a rien à faire ici ! »

Plus tard, lorsque notre fils fut enfin hospitalisé, le médecin qui le soignait et à qui nous avons demandé quel devait être notre comportement, nous a seulement répondu : «  Agissez au coup par coup ». C’était un peu court.

Quel vide durant tant d’années et comme Relais a été Bienvenu !

Comment votre fils a-t-il vécu cette époque ?

Au retour de Grèce, il s’est installé chez nous. Il a cherché des « copains » avec lesquels il s’est mis en tête de rénover une veille ferme qu’on leur avait prêtée.

Ils travaillaient un peu, dormaient pas mal et goutaient à la drogue. Un soir chez nous il a pris du LSD. Quelle nuit épouvantable !

Nous avons donc cherché une communauté ou un groupe susceptible de l’empêcher de tomber plus bas. Mais en Bretagne, comme en Normandie, en Anjou et même jusqu’à Toulouse, il fallait que l’intéressé fasse la démarche de se présenter. Notre fils n’y a jamais consenti.

En 1976, il s’est marié. Ils avaient à peine 17 et 19 ans. Lui et sa femme ont vécu à Dreux et à Paris où ils avaient trouvé du travail.

Mais mon fils, dès qu’il avait économisé quelques sous, partait pour des pays lointains (l’Espagne, les Indes, le Maroc) quittant tout et tous… même femme et enfant !

Ils se sont très vite séparés (en 1981) après la naissance d’une petite fille.

Qu’est devenue cette petite fille ?

Elle a 30 ans maintenant. Elle a suivi sa maman, a vécu en Normandie où elle est aujourd’hui infirmière. Nous ne la voyons pas très souvent malheureusement mais toujours avec plaisir. Depuis qu’elle a 20 ans, elle voit son père, lui téléphone, lui écrit, le comprend …

Comment en êtes-vous venu à l’hospitalisation ?

Nous avons fini par décider mon fils, revenu à la maison, à aller à Toulouse rencontrer un certain « Patriarche » spécialiste à l’époque des soins aux drogués. Car pour nous, il était « drogué ». Mais au bout d’un mois il nous renvoyait notre fils qui, disait-il, avait bien « touché » à la drogue mais avait surtout un besoin urgent de soins psychiatriques.

Enfin un conseil ! Mais aussi un changement de piste… Comment l’amener à aller voir un psychiatre ? Notre pauvre fils, un peu perdu à cette époque, a fait une tentative de suicide et a été hospitalisé à Libourne car depuis 1981, la mise à la retraite de mon mari nous avait amené à vivre dans une grande demeure campagnarde de la région bordelaise. En 1982, il entrait en hôpital psychiatrique pour plusieurs années, soumis aux traitements de l’époque qui le faisait cruellement souffrir, l’incitaient à s’échapper pour retrouver des amis en Bretagne ou à l’ile d’Oléron ou chez nous qui l’accueillions tous les week-ends. C’est durant toutes ces années que Relais est apparu et nous en avions grand besoin. Nous étions à bout de patience, de recherche.

Comment en est-il venu à vivre chez lui ?

Dans les années 1990, les médecins qui le soignaient nous ont conseillé de louer un appartement où il pourrait vivre indépendant et responsable grâce à «  l’allocation aux Handicapés » qu’il se faisait fort de lui obtenir. Nous avons fini par suivre ses conseils et ceux de Relais.

Notre malade a quitté l’hôpital et n’a jamais voulu y revenir, s’est installé dans de modestes appartements à Libourne. Les propriétaires le mettaient rapidement à la porte et réclamaient des sommes énormes pour remettre les lieux en état.

Nous avons donc décidé de lui acheter un petit pavillon qui a été lui aussi très mal tenu, même si, durant plusieurs années, il a été partagé avec une jeune fille que les médecins lui «  avaient confiée », traitement assez classique en psychiatrie nous avait confirmé l’abbé François Barre à qui nous avions fait part de notre inquiétude.

Il est vrai que, malgré quelques disputes, nos deux malades s’épaulaient, se soutenaient et étaient heureux tous deux de venir se détendre chez nous.

Elle était toujours en rapport avec l’hôpital et suivait son traitement, tandis que lui, fuyant l’hôpital psychiatrique, s’était pris d’amitié pour un généraliste qui parvenait à le suivre et à le traiter. Cahin-caha cela a duré une dizaine d’année.

Hélas, l’amie et le médecin sont décédés presque en même temps. Quel choc pour notre pauvre fils ! D’autant plus que cela survenait peu après le décès de mon mari en 2003 après plusieurs années d’une pénible maladie.

Mon fils est retourné à sa solitude dont il avait horreur. Retirée à Bordeaux, je ne pouvais plus l’accueillir pour de séjours plus ou moins longs. Il trainait, cherchant des compagnons, des distractions.

Et maintenant ?

Il y a quelques mois sa maison a été la proie des flammes. Il a eu très peur et a tout perdu. Il a fallu le reloger dans un appartement où il se sent moins seul, plus en sécurité. Il a été obligé de réorganiser les lieux où il réside, de revoir son style de vie. Il semble que cela lui soit profitable : le moral est meilleur, les idées plus claires, les échanges plus faciles. Cela va-t-il durer ?

Presque chaque semaine, il vient me voir à Bordeaux. Il a conscience des mes 94 ans, veut s’occuper de moi qui ne suis plus d’une grande utilité.

Je tache de continuer à le guider, l’aimer, l’entourer et surtout à prier.

«  Mon Dieu, vous me l’avez confié

   Aujourd’hui je vous le rends

   Protégez-le, aidez-le, occupez-le, inspirez-le

   Amen»

Avril 2013 M M & O D

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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. »

du Livre d'Isaïe

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« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire. »

de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)