Accompagner en Eglise les personnes en souffrance psychique

A partir de votre expérience, qu’est-ce qui vous habite dans votre manière d’accompagner ?  A quoi êtes-vous attentif ? Qu’est-ce qui vous tient à cœur ? Et si vous ne deviez retenir qu’une question ou qu’une difficulté, que retiendriez-vous ?

Mon expérience a été pendant 15 longues années  celle, quotidienne,  de père dans une  famille déstabilisée, pour ne pas dire dévastée, par la maladie psychique de 2 enfants sur les 4 de la fratrie.

Elle est maintenant celle d’un père accompagnant à distance ces 2 enfants.

 

L’une, 41 ans, célibataire, réside dans un  « lieu de vie » en Vendée, à 400km de chez nous, pour 8 personnes malades stabilisées, accompagnées dans leur recherche d’autonomie dans  la vie en société, sans capacité de travailler.

L’autre, 39 ans, marié, père de 2 enfants de 5 et 1an, vit dans la même ville que nous, a pu depuis quelques semaines re-travailler après trois ans de chômage, en tant que serveur de restauration à ½ temps dans une maison de retraite médicalisée, au service de personnes âgées semi-dépendantes ou « désorientées ». L’accompagnement concerne aussi son épouse et nos 2 petits-enfants.

Ce qui m’habite.

Si je suis honnête avec moi-même et  avec vous, je dois distinguer ce qui m’habite, de ce dont je voudrais tant être habité, mais qui me sert de guide, dans ma manière d’accompagner.

Je partage avec mes proches malades une insécurité permanente, pouvant tourner à l’angoisse à tout moment. Je «  tends le dos » lorsqu’un événement  les atteint comme une menace : Echec dans une relation, recherche d’emploi stressante et incertaine, conflit latent  ou brusque avec une autre personne. La peur peut me gagner lorsque j’entends au téléphone une voix désespérée, ou des propos désordonnés ou obsessionnels, ou encore un débordement intarissable d’angoisse, des réflexions du type « à quoi je sers ? ».

Et si tous nos efforts n’avaient servi à rien ? Quel est l’avenir de ces 2 petits-enfants ? Est-ce que ma belle-fille courageuse va tenir ? Est-ce ma fille va pouvoir rester dans son lieu de vie ? Et si je m’étais trompé sur toute la ligne ?

Les vieux penchants reviennent : je sais que mes enfants ne demandent qu’une présence dans ces moments de panique, et pourtant je fais maladroitement appel à leur volonté, à leur goût de vivre,.

Ce qui me guide

Je vais alors chercher plus profond.

J’ai traversé avec eux  et mon épouse d’autres périodes sombres, interminables, apparemment sans issue. Mais de toutes ces crises à répétition, il est toujours sorti un progrès, parfois infime.

Je fais appel à la confiance inconditionnelle, déjà éprouvée, dans les capacités  de rebond de mes enfants... et à la compréhension de leurs interlocuteurs du moment J’essaie de voir la richesse qui est en eux.

Pour mon fils, ce sera, par exemple, lorsqu’il a dit à son employeur des vérités sur sa maladie, sur lui-même, toutes négatives, et que pour une fois  l’employeur lui répond : « Oui, mais  vous êtes un bon serveur, j’ai besoin de vous ! ». Il y a eu tant de cas où ces propos formulés par B. ont définitivement découragé l’employeur...

Ou lorsqu’il me dit : « Toi tu es ingénieur et moi j’ai un petit métier de rien… ».

Je m’entends  lui répondre : «  Toi tu rends un service indispensable à la société d’aujourd’hui, qui néglige les plus faibles. Je me souviens aussi que tu as dit que tu aimes ces personnes. Cela n’a pas de prix ! »

Avec ma fille, je fais d’abord confiance à la capacité fraternelle d’aide des autres résidants de sa maison, et à la finesse d’attention des accompagnants. J’essaie de faire appel à ses talents pour écrire ou dire des petits mots bien ajustés, ou de faire des petits cadeaux touchants. Je m’appuie sur sa foi qui m’émerveille.

Je me renforce dans ma conviction que la société, les habitants du bourg, sa paroisse, au-delà des apparences, ont besoin d’elle.

Ils sont mes maîtres.

L’attitude dont mon fils est capable avec des personnes dépendantes, est-ce que j’en suis capable avec lui ? Les petits gestes touchants d’affection de ma fille, est-ce que je les lui rends ?

Ils m’apprennent mon métier de père, toujours à réinventer.

Bien sûr je me demande sans cesse si j’en fais assez, si je les aide vraiment à vivre plus en sécurité et en paix, si je contribue à leur recherche de sens et de bonheur. Ma persévérance est mise à l’épreuve.

Ils m’apprennent à renoncer aux projets successifs que j’ai pu faire sur eux. Ils ne m’appartiennent pas, je l’ai compris depuis longtemps.
Je suis invité à lire ces renoncements non comme des échecs,  mais comme une reconnaissance progressive de ce qu’ils sont, en vérité, uniques aux yeux de leur vrai créateur.

La vraie question cachée qu’ils me posent, chacun à sa manière déroutante, ce n’est pas « Est-ce que tu en fais assez pour moi ». Ils craignent tellement de trop peser sur moi.

C’est plutôt : « Est-ce que tu m’aimes, tel que je suis, moi qui ne me crois pas aimable ? ».

Evidemment bien d’autres personnes peuvent répondre.

De nombreux amis, sollicités pour casser notre solitude, donnent une réponse en actes

Mais ma réponse de père  est unique, irremplaçable.

Il s’agit de traduire, par des mots, des gestes, cet amour inconditionnel.

Je me sens incapable de dire ces mots ou de poser  ces gestes,  signes de résurrection, si je ne reviens pas à la source, celle de l’Amour du Christ donnant sa vie sur la croix.

Constamment invité à ce passage de mort et de Résurrection  j’apprends à en  retrouver les traces  avec nos amis, dans nos groupes de Relais  d’amitié et de prière.

Faut-il évoquer une difficulté ?

Il s’agit de nos communautés chrétiennes, de leur accueil, de leur engagement tout aussi nécessaire. Nous voyons quelques signes, mais c’est encore bien timide:La maladie psychique suscite tant de  peurs. Nous nous heurtons à la méconnaissance, à l’indifférence, à la surcharge d’occupations. Pire, aux conseils aussi peu ajustés que ceux de amis de Job, qui savent si bien parler de la souffrance, et ravivent la blessure.

Nous leur proposons la démarche de conversion que les personnes en souffrance psychique nous font faire, celle que j’ai tenté de vous faire vivre à ma place de père.

Ces communautés sont comme les proches de Bartimée, qui commencent à le rabrouer lorsqu’il crie un peu trop fort vers Jésus. Il provoque une rencontre avec Jésus, qui les conduit à dire eux mêmes à Bartimée : « Confiance, Il t’appelle »

Comment faire comprendre la richesse que représente dans une paroisse la présence de personnes malades psychiques et de leurs familles ? C’est ce qui nous attend.

Puissent les échanges et prières de ce séminaire y contribuer.

P.S.

Recherche

Où sommes-nous ?

carte google

Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais

« Le coeur de l'homme est compliqué et malade ! Qui peut le connaître ? Moi le Seigneur, qui pénètre les coeurs et qui scrute les reins, afin de rendre à chacun selon ses actes, selon les fruits qu'il porte »

du Livre de Jérémie

Vous pourrez trouver

des conférences, témoignages et méditations dans les buletins d'information de Relais “Le Lien” .

 Pour vous recevoir chaque semestre pendant un an "Le Lien",

Relais Lumière Espérance

90, avenue de Suffren

75738 Paris Cedex 15

« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire. »

de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)