Comment garder l’espérance alors que le quotidien est si lourd

Une mamie mariée depuis 47 ans ,4 grands enfants dont un fils et une fille sont malades psychiques depuis plus de 20 ans tente avec son mari de trouver un équilibre de vie pour tenir le coup. Malgré, au fil des années, les espoirs déçus, les remises en cause de ce que l’on croyait acquis, les attentes insatisfaites, les peurs pour l’avenir, l’Espérance est là, telle une dame discrète, se traduisant par un appel intérieur qui redonne élan.

« Oui ! Le Seigneur m’a souvent sauvée de l’abîme et remise debout.

Oui ! Le Seigneur me parle à travers maintes occasions et en prendre conscience me permet d’espérer et de continuer à avancer.

OUI ! Il y a une lumière dans la nuit, une issue, une fenêtre qui s’ouvre

OUI ! C’est à travers les autres que nous découvrons la Présence de Dieu.

Parfois c’est à travers une erreur,  une remise en cause de l’un ou l’autre de nos enfants ou de professionnels que Dieu m’a parlé et appelé à changer d’attitude. Cela a rouvert un chemin inattendu. »

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Nous sommes mariés Philippe et moi depuis 47 ans et nous avons 4 grands enfants dont 2 sont malades psychiques depuis plus de 20 ans : Cécile 44 ans etBenoît, 41 ans.

Cécile est célibataire et vit depuis plusieurs années en province avec 7 autres malades psychiques  dans une structure spécialisée ; c’est une structure souple pour des personnes dont la maladie est stabilisée. Cécile ne peut plus travailler mais a de nombreuses activités organisées par les animatrices de la maisonnée, sur place  ou à l’extérieur.

Benoît est marié depuis 8 ans avec Elisabeth, une jeune femme charmante et aidante. Ils ont deux enfants : Clémence, 7 ans et Jean, 3 ans1/2. Ils  vivent non loin de chez nous et travaillent tous les deux.

Nos deux autres enfants,  Joëlle et Fabrice, sont tous deux attentifs à leurs frère et sœur malades mais ne s’en occupent pas vraiment, du fait de leurs occupations respectives. Les relations dans la fratrie sont bonnes,  mais il reste toujours une appréhension quand ils se retrouvent tous à l’occasion de fêtes de famille : Noël, anniversaires etc.

Nous avons la chance de beaucoup partager Philippe et moi, d’être soutenus par notre foi et surtout par la présence d’amis à nos côtés.

Notre appartenance à l’Unafam et à Relais d’amitié et de prière sont des aides précieuses pour ne pas se sentir seuls, pour mieux comprendre la maladie et pour mieux y faire face.

Nous essayons de trouver un équilibre de vie pour tenir le coup : loisirs, rencontres amicales, engagements, et temps pour nous deux, cela nous paraît indispensable de pouvoir se détendre, de prendre de la distance avec nos problèmes et de nous ressourcer tant dans la nature que dans  d’autres équipes chrétiennes.

Quand je relis un peu l’histoire avec nos deux enfants malades, certains souvenirs très douloureux reviennent :

  • les violences de Benoît, son agressivité, ses injures, ses comportements désordonnés, voire ignobles, sa tentative de suicide ;
  • les égarements de Cécile, sa confusion, ses échecs successifs dans sa vie affective et professionnelle ;
  • les critiques de l’entourage familial, les jugements de certains amis ;
  • les hospitalisations de l’un et de l’autre où nous nous sommes heurtés au  dogmatisme glacial de certains psychiatres.

Plus récemment, les soucis demeurent :

  • l’aggravation de la maladie de Cécile malgré un environnement porteur ;
  • les réactions parfois décalées de Benoît à l’égard de ses enfants ;
  • et d’autres soucis familiaux.

Au fil des années, il y a eu les espoirs déçus, les remises en cause de ce que l’on croyait acquis, les attentes insatisfaites, les peurs pour l’avenir…

Tout cela réveille des émotions pénibles et j’avoue craindre par moment que d’autres tuiles nous tombent sur la tête. J’ai peur de ne plus avoir la force de faire face. La tentation, pour moi, est de prendre la souffrance trop au sérieux, de m’y enliser et de ne plus pouvoir m’en distancer.

Et pourtant ! Au milieu de tout cela,  l’Espérance, telle une dame discrète, se traduisant par un appel intérieur qui redonne élan :

« Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau, JE vous soulagerai »

« Ne crains pas, JE suis avec toi »

« JE t’ai tissée dès le sein de ta mère »

« JE suis le Chemin, la Vérité, la Vie »

« Va, prends ton grabat et marche ! »

Oui ! Le Seigneur m’a souvent sauvée de l’abîme et remise debout.

IL est présent mystérieusement, mais réellement sans que j’y sois pour grand chose. IL est là. IL me donne la vie.

C’est un étonnement, un cadeau ! « Comment cela peut-il se faire ? » … Je ne puis que constater et dire comme les apôtres : « Nous en sommes témoins ».

C’est souvent quand je suis au fond du trou, que tout paraît insoluble, qu’un sursaut se fait, car je n’ai plus le choix : je me tourne vers le Seigneur, je lui demande la confiance, je tente d’espérer en LUI, car LUI ne désespère jamais. IL m’ouvre des horizons et me rejoint là où j’en suis pour me faire repartir.

A sa façon, Clémence, du haut de ses 7 ans,  m’a lancé un message cet été sur un sentier de montagne bien pentu : « Tu sais Bonne maman, dans la vie, il ne faut jamais baisser les bras ». Cet élan d’enfant s’enracine au plus profond de son être, Dieu l’y a semé et, sans le savoir, Clémence a été une messagère de Dieu et source d’espérance.

Oui ! Le Seigneur me parle à travers maintes occasions et en prendre conscience me permet d’espérer et de continuer à avancer.

J’ai à y mettre du mien ! ! et c’est parfois un véritable combat !

Espérer est un travail quotidien et m’oblige à un exercice régulier :

Chaque jour : cultiver l’émerveillement devant ce qui est Beau,

Chaque jour : goûter ce qui est heureux et m’en habiller le cœur,

Chaque jour : remercier le Seigneur pour sa Bonté et tenter  de trouver la Paix,

Chaque jour : savourer la joie apportée par tous ceux qui me donnent leur présence, un sourire, un mot gentil,

Chaque jour : lire quelques lignes qui nourrissent mon être : la Parole de Dieu, un livre qui m’apaise ou me dynamise,

Chaque jour : et plusieurs fois par jour, Prier....

 

Le chemin est parfois scabreux : trois pas en avant et deux en arrière, humble chemin mais IL est là avec moi, avec nous.

L’Espérance est peut-être cette petite flamme fragile. A force de la regarder, elle éclaire plus qu’on ne le croit…

OUI ! Il y a une lumière dans la nuit, une issue, une fenêtre qui s’ouvre

C’est Dieu qui chemine dans mon cœur, IL m’appelle à me convertir, à accepter mes égarements, mes peurs, ma fragilité, mon impuissance, la réalité telle qu’elle est : « IL me mène par le juste chemin » … J’ai à me laisser faire …

Parmi les moyens possibles, la rencontre avec les autres est source d’espérance

Le fait de compter sur les autres est une réalité qui nous a fait beaucoup de bien à Philippe et à moi, cela s’est fait au fil du temps, en dépassant notre amour-propre :

 

  • compter davantage l’un sur l’autre, se répartir les rôles envers nos enfants, oser se dire nos ras-le-bol, nos peurs, et réfléchir aux moyens à mettre en place pour sortir de l’ornière ;
  • oser parler de nos soucis à notre entourage quitte à les agacer,  oser leur dire que sans eux on risque de couler, leur demander de nous solliciter pour marcher, nous détendre, mais aussi leur demander des coups de main : nous prêter leur maison, passer voir Cécile ou  l’appeler au téléphone.

 

Un autre moyen pour continuer à vivre  est pour nous de nous tourner vers les autres :

 

  • la famille élargie, les voisins isolés, malades…
  • les associations dans lesquelles nous nous sommes engagés : Relais et L’Unafam, ont été des occasions de rencontres, de partage, des sources d’information mais aussi une façon de laisser de côté nos propres soucis pour écouter ceux des autres familles souvent encore plus éprouvées que nous ! Devant la souffrance de l’autre, c’est comme une urgence d’être proche, de donner tout son cœur, d’inventer un chemin, d’ouvrir une brèche d’espoir…Ce que l’on croyait ne plus savoir faire envers soi, se retrouve à disposition pour l’autre, mystérieusement. L’espérance point son nez sans tambour ni trompette ! !

 

OUI ! c’est à travers les autres que nous découvrons la Présence de Dieu,

à nous de voir les signes de SA Présence, signes ténus, inattendus :

 

  • la lettre affectueuse de notre fille aînée au moment de la fête des mères et des pères,
  • un coup de fil de Fabrice,
  • un mot doux de Cécile,
  • un remerciement de Benoît pour ce que l’on fait pour lui et ses enfants,
  • le fait qu’il invite à son anniversaire Fabrice avec lequel il était fâché jusqu’il y a encore peu de temps,
  • les signes de reconnaissance à notre égard dans nos associations,
  • la sollicitude d’amis…

 

Parfois c’est à travers une erreur, une remise en cause de l’un ou l’autre de nos enfants ou de professionnels que Dieu m’a parlé et appelé à changer d’attitude. Cela a rouvert un chemin inattendu.

Tous ces signes de Dieu sont un baume à respirer, encore et encore, pour qu’il pénètre dans mes fibres intérieures, qu’il prenne corps en moi.

En bref : rendre grâce, me réjouir, m’appuyer sur les moments heureux, aussi minimes soient-ils, voir le positif, renoncer à la culpabilité, c’est  un chemin de vie, plein d’espérance, mais bien laborieux ! ! !.

« Seigneur, je compte sur toi pour m’aider ! ! »

Comment éveiller l’espérance chez nos proches malades ?

J’avoue que c’est difficile lorsque la maladie les prive de bien des capacités, et qu’ils n’arrivent plus à vivre comme tout le monde dans la société

C’est cruel de les voir si désespérés, angoissés, douloureux. Face à leur souffrance, je me sens démunie, désemparée.

Parfois leur souffrance s’ajoute à la mienne, tout s’engouffre en même temps et c’est intolérable.

A ce moment là, il arrive qu’une petite lumière se ravive en moi : « Qui d’autre que toi va garder la lumière allumée dans le noir ? »

Je fais rapidement le tour de mes propres sentiments : peur, tristesse, ras le bol…et j’ai conscience que mon fils ou ma fille n’a pas besoin de ce paquet négatif, il vaut mieux que je réagisse en allant faire un tour, en m’attelant à une tâche concrète …. J’essaye de retrouver en moi un recoin plus calme et confiant.

Mon cœur de mère s’ouvre alors et se met à l’écoute : « quel geste trouver, pour soulager Cécile ?» : un baiser discret, une caresse dans le cou, marcher avec elle la main dans la main, la prendre dans mes bras…

Quand sa pensée est confuse, qu’elle tourne en rond, je guette un mot sur lequel je rebondis positivement ou bien je tente d’avoir un peu d’humour : « OH ! Là là, le disque est rayé » ou encore je fais diversion : « Tiens, écoute l’oiseau qui chante, regarde cette fleur, »…Par expérience je sais que le sensoriel apaise le cerveau en ébullition.

Quand l’un ou l’autre se désespère de son « inutilité », de son avenir bouché, du poids qu’il représente pour son entourage… Il faut, sans lui donner de faux espoirs, l’aider à regarder la réalité autrement : quand Cécile se sent coupable de ne pas travailler, lui montrer que l’essentiel est ailleurs, qu’on peut être utile autrement, que la société a besoin des trésors de gentillesse qu’elle a dans son cœur, valoriser son courage et sa ténacité ; et quand Benoît se dévalorise, lui exprimer les progrès qu’il a faits, lui dire qu’il a un rôle à jouer, que l’on compte sur lui.

Dans certains cas, il reste le silence aimant, le regard intérieur qui espère à tout prix, la confiance en la vie qui l’habite envers et contre toute apparence, une écoute attentive, un accueil de ce qu’ils sont.

Je crois profondément que c’est à moi d’espérer au-delà de l’angoisse, d’aimer ma fille, mon fils comme un tout-petit en détresse. Cela peut se faire en acte, en priant intensément, mais souvent silencieusement, confiante que la Vie est en eux, qu’ils peuvent la sentir et l’écouter pour reprendre  la route

Cette confiance et cette espérance, je les demande très souvent dans la prière, pour mes enfants et pour Philippe et moi. Ce n’est jamais acquis ! !

Une maman

 

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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
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Extrait de la Prière de Relais

« Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie »

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« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire. »

de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)