Dominique Anne Soyris

Généraliste devenue psychiatre, le Dr Soyris accompagne des familles de malades psychiques depuis des années – notamment  celle de Joseph Gressin, où la collaboration malade-famille-soignant a été et est toujours très forte.
Son témoignage a porté sur la place du médecin par rapport à ces familles, le constat de leur désarroi face au développement de la maladie,  les interprétations forcément divergentes de la maladie et de ce qu’il faudrait faire, les limites du pouvoir des médecins, la nécessaire collaboration, voire alliance, entre famille, malade et soignants. Et enfin sur ce que lui apportent l’approche spirituelle et la participation à un groupe Relais.

Relation des soignants avec les familles

Très vite j’ai pensé qu’il fallait entendre les familles, intégrer les familles dans la prise en charge.  Aujourd'hui nous parlons d'alliance thérapeutique. En effet vous êtes souvent dans l’incompréhension des décisions qui sont prises ; elles sont toujours d’une violence inacceptable : l’hospitalisation en hôpital psychiatrique, les hospitalisations sous contrainte, les interdictions de visites… Vous vous sentez rejetés, exclus. Et vous avez le sentiment que ce n’est pas cela qu’il faut faire…Vous êtes dans l'insatisfaction.  « C’est moi qui connaît le mieux mon fils, ma fille »  « Je sais ce qui est bien pour lui (elle) ». Vous connaissez les scénarios. Et en effet ce que vous aviez pressenti se produit…alors la rivalité se met en place. Plus tard, au cours de l’évolution de la maladie, le plus souvent la confiance s’installe, mais toute rechute est source de doute… C’est pareil pour les soignants.

Lors de nos rencontres, vous nous parlez des comportements chaotiques, difficiles de vos enfants : leur opposition, leurs bizarreries, leur apragmatisme, la violence, le manque de décision, leurs velléités sans lendemain… "Qu'est-ce qu'il faut faire docteur?" Vous attendez la recette et au lieu de cela nous enfonçons des portes ouvertes: ne pas céder, essayer de comprendre, stimuler… C’est ce que vous avez tenté de faire pendant des années.

Tout cela, vous le savez, nous ne vous apprenons rien. Mais nous vous le disons, nous vous disons que votre enfant souffre, qu'il est malade et cela n'est pas supportable. Vous l’avez pensé, souvent pensé "Mais ça va pas, il le fait exprès".  Et un jour un médecin vous le dit. Il vous le dit, et cela ne peut être que mal dit : trop abrupt, sans ménagement… Quand on vous dit « votre enfant souffre, votre enfant est malade », vous entendez tout autre chose. D'abord, le déni : "Ce n'est pas possible, non, pas chez nous, pas à nous…" Ensuite la culpabilité vous assaille, vous vous sentez coupable  de sa souffrance : "Qu'ai-je mal fait pour que cela arrive", et cette culpabilité vous est insoutenable.
 Le sentiment d'impuissance : vos manières d'être ou de faire qui ont été opérantes avec vos autres enfants, là cela ne marche pas. Ce que vous trouvez bien, pertinent de faire pour s'inscrire dans la vie, votre enfant s'y oppose. Vous lui avez expliqué tellement souvent le b-a ba du quotidien ! Mais il a un trouble de la relation, il n’a pas le même code que nous. Il a appris et compris ce code, mais n’arrive pas à le mettre en place au bon moment.

Je crois que notre rôle de soignants est important dans ce travail d'accompagnement pour vous aider à comprendre l'incompréhensible, à admettre votre impuissance à faire ou à faire faire. Il ne s’agit pas d'un "laisser aller", mais d'un "lâcher prise". Et cela vous est très difficile.

Avoir la bonne distance n’est pas facile, et nous aussi, médecins, oublions  souvent   la difficulté relationnelle avec vos enfants. Nous devons sortir de la position du donneur de leçon, pour pouvoir mieux nous mettre à l’écoute des familles.

Pourquoi je participe à un groupe Relais

Au début ce fut pour accompagner les parents d’un de mes patients ; et puis, exposée à  la souffrance des mères et des pères, j’ai été convaincue de la nécessité de ne pas se sentir seul, d’être accompagné, de partager cette épreuve.

Je crois que je peux apporter une écoute. Je n’ai pas la solution aux difficultés, mais j’ai une autre lecture. J’espère aider à mettre de la distance, pour éviter le piège du brassage incessant de la douleur. Cependant, je reste la psychiatre, celle qui ne comprend pas la souffrance, celle qui ne la vit pas.  C’est vrai que je ne la vis pas, mais je la comprends !!!

Depuis deux ans, j'aime ces moments de rencontre. Je ne suis pas là en tant que professionnelle, je suis là avec des amis: nous sommes amis, parce que nous avons partagé une souffrance, c'est ce qui nous fédère. Avec Relais, je suis dans  la même famille de pensée, comme à l'hospitalité St Roch ; c'est très reposant de se trouver avec des chrétiens. Dans l'exercice de ma profession, je  garde une réserve  qui m’est pesante.

Ma participation à un groupe Relais n’a pas changé ma pratique professionnelle puisque j’étais déjà « convertie » à l’alliance avec les familles. En revanche ce que m’apporte Relais, c’est cet éclairage chrétien qui me nourrit dans l’exercice de ma profession. L'accompagnement de notre conseiller spirituel est tellement précieux! Resituer nos difficultés, nos souffrances dans une transcendance permet de garder l'Espérance et de voir que le chemin est jalonné de Lumières."Seigneur que ta volonté soit faite et non la mienne".

Docteur Dominique Soyris

Groupe Relais de Montpellier

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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais

« Il s'en va, il s'en va en pleurant,
il jette la semence,

il s'en vient, il s'en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes »

du Psaume 125

Vous pourrez trouver

des conférences, témoignages et méditations dans les buletins d'information de Relais “Le Lien” .

 Pour vous recevoir chaque semestre pendant un an "Le Lien",

Relais Lumière Espérance

90, avenue de Suffren

75738 Paris Cedex 15

« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire. »

de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)