En relisant nos vies à l’aune de ce que nous avons vécu avec nos proches atteints de troubles psychiques ce passage du psaume 107 nous interroge :

 

 25   Il dit et fit lever un vent de bourrasque qui souleva les flots ;

26    montant aux cieux, descendant aux gouffres, sous le mal leur âme fondait ;

27    tournoyant, titubant comme un ivrogne, leur sagesse était toute engloutie.

28     Et ils criaient vers Yahvé dans la détresse, de leur angoisse il les a délivrés,

29    Il ramena la bourrasque au silence et les flots se turent.

30    Ils se réjouirent de les voir s’apaiser, il les mena jusqu’au port de leur désir.

31   Qu’ils rendent grâce à Yahvé de son amour…

Dieu a levé un vent de bourrasque sur nos vies

Mon épouse, Marie-Hélène vit avec la maladie psychique de son frère depuis son enfance. Il a été un élève normal jusqu’en troisième. Cette année là, il a fait une grave chute en vélo. Par la suite, Il a triplé sa seconde.
Mon beau père a arrêté là son cursus scolaire.
Mon futur beau frère a fait une tentative de suicide, le jour de la profession de foi de Marie-Hélène. Rapidement, elle a perdu certaines de ses amies. Il a fait de nombreux séjours en hôpital psychiatrique suite à de graves troubles schizophréniques. Depuis la mort de ses parents, il est sous curatelle et loue un deux pièces.
Sa famille géographiquement proche le prend en charge quand cela s’avère indispensable.
En 1983, notre fils Jacques avait 3 ans. Son handicap psychique a été constaté par les maitresses de maternelle.
Il avait un comportement aberrant au point qu’elles s’occupaient de lui pendant que les autres enfants faisaient la sieste. Ma famille a longtemps dénié ses troubles psychiques : « Il faut le pousser, vous ne savez pas vous en occuper, secouez-le … »
Il a maintenant 29 ans et notre famille a vécu longtemps aux rythmes de ses troubles.
Quand le handicap survient dans une famille, il fait le nettoyage dans nos vies mais Dieu se rend présent dans nos détresses, par l’action et la prière de ceux qui nous sont restés proches.
Il nous faut accepter l’imprévu voulu par DIEU.
A l’angoisse des personnes atteintes de troubles psychiques et à leur souffrance répondent l’angoisse et la souffrance des proches qui se sentent démunis, incompétents et impuissants.
Nous pouvons, nous devons agir sur nous-mêmes pour aller mieux psychiquement et spirituellement

La présence de Jacques dans notre foyer a été une longue suite de conflits larvés avec nous et avec ses frères.

Avec lui, pour lui, notre vie a longtemps eu l’aspect d’une danse au ras du sol avec des rétablissements acrobatiques, parfois des chutes. Pour lui, depuis sa petite enfance, nous avons souvent ramé - pour une intégration réussie dans le primaire - pour lui trouver au collège une classe spécialisée à petit effectif où il a été pensionnaire à partir de la classe de 5ème. Il s’y est épanoui grâce aux mains tendues de responsables de classe. Ils lui ont ouvert un chemin.
Lorsqu’il est revenu habiter pendant 2 ans chez nous lors de ses tentatives pour passer un BEP qu’il n’obtiendra jamais, nous avons essayé de protéger ses frères. Nous avons accepté sa présence perturbatrice dans notre appartement, nous lui avons laissé notre chambre, nous couchions sur un canapé dans notre salon.  Sa présence était ponctuée de marmonages, de coups dans les murs, de coups sur Marie-Hélène ; Notre fils ainé perturbé par ce comportement ne va plus en classe préparatoire aux grandes écoles…  et devra changer d’orientation de vie.
Bien sûr, Marie-Hélène tanguait plus que moi. Du fait de mon travail je faisais de fréquents séjours du coté de Montbéliard.

Nous avons cherché une issue, nous avons crié à l’aide …

Nous avons cherché une issue scolaire. Jacques a quitté notre foyer. Il a intégré les classes de préparation au BEP d’horticulture de Forges où il était pensionnaire.
En l’an 2000, un de nos neveux fort engagé au service des autres avec beaucoup d’enthousiasme, mais présentant souvent des phases de fortes interrogations négatives sur le sens de sa vie, après plusieurs tentatives de suicide, a réussi son coup en se jetant sous une rame de métro après une nuit passée chez ses parents.
Sa mère a toujours été dans le déni de ses troubles bipolaires.
Jacques a fait du mimétisme par rapport à son cousin. La surveillante a découvert dans ses affaires un dessin présentant un tombeau avec l’inscription Jacques 1980-2000 et des paroles macabres. Elle l’a surveillé toutes les nuits pour savoir si tout allait bien.  Il n’y a jamais eu de passage à l’acte.
Dieu met sur notre chemin, quand il le faut, des personnes qui nous aident à passer les épreuves et à progresser vers un mieux être.
Suite à ces turpitudes macabres, nous avons réussi à l’inscrire adulte handicapé avec obligation d’une aide à l’insertion à la vie sociale. Notre danse a alors commencé à changer de rythme, a s’élever du niveau du sol, nous avons pu établir enfin la bonne distance entre nous et notre fils. Il a pu intégrer un foyer de jeunes travailleurs pour un peu de temps avant de se faire éjecter pour écart de conduite. Le Service d’accompagnement à la vie sociale (SAVS) est entré dans notre démarche et nous a aidés dans nos relations avec le Centre médico-psychologique (CMP), à trouver un foyer thérapeutique à Houilles.
Les étapes de ce cheminement nous pouvons, par chance, les partager depuis 1982 en sein de l’Equipe Notre Dame à laquelle nous participons. Nous y pratiquons entre autres : le Devoir de s’asseoir et la mise en commun des principaux événements du mois. Ils permettent l’harmonie du couple, le partage raisonné des difficultés et des joies entre époux et équipiers et l’amorce de conseils d’entraide efficace. Certainement ces agapés répétées nous ont permis de ne pas sombrer, de redonner du tonus à notre Espoir.
C’est dans ce cadre que d’autres personnes ont croisé notre trajectoire, nous ont conduit vers l’UNAFAM puis Relais d’Amitié et de Prière où nous avons trouvé notre place, où des frères vivant des épreuves semblables aux nôtres nous accompagnent dans notre cheminement comme nous les accompagnons dans le leur. Notre cercle de marcheurs solidaires s’est enrichi des témoignages mutuels et Dieu a cheminé avec nous.

La main de Dieu dans nos vies

En 2002, au moment où il nous a été demandé de mettre notre habit de service pour accompagner la création d’un groupe Relais aux alentours de Chatou et du Vésinet, Marie-Hélène s’est trouvée fatiguée, elle a découvert une anomalie sur un des ses seins, son médecin l’a immédiatement envoyée vers une oncologue à Huguenin ; c’était un cancer à évolution rapide. De généreux amis ont pris en charge l’organisation matérielle des rencontres au cours de la première année. Le groupe est né et c’est étoffé.
Jacques était alors dans le foyer thérapeutique d’Houilles. La directrice du foyer nous a demandé de lui annoncer en sa présence la maladie de Marie-Hélène. Il a été le seul de nos enfants à dire « nous t’aiderons à ta battre maman ». Ce fut un Instant de fulgurance : Ce jour là, notre vie a pris de l’intensité.
Marie-Hélène a offert sa maladie pour le mieux être de son fils, Jacques a travaillé sur lui pour aider sa mère à se battre contre le cancer. La conjonction de ses deux dons a fait merveille.
Marie-Hélène a guéri grâce à l’ablation de son sein droit, mais il y a eu peut-être plus… . Jacques, avant cela, avait des réactions de violences contre tout ce qui l’entourait - Depuis ce jour, nous n’en avons plus constaté.
En relisant cette étape de notre vie, nous réalisons que « la main de Dieu » était sur nous.
Elle nous a conduits progressivement, avec une patience infinie, là où nous en sommes aujourd’hui, au service de tous ceux qui souffrent en raison des troubles psychiques atteignant une ou des personnes proches d’eux ; Cela a boosté notre vie spirituelle, décuplé notre Espérance en particulier lors de nos cheminements avec nos amis pèlerins de Lourdes Cancer Espérance.

Nous avons fait un travail sur nous-mêmes

Nous  avons  souvent dit à notre fils que nous avons conscience de ses souffrances. Nous  lui avons redis la confiance que nous avons en lui. Si la prise de médicaments est indispensable, elle n’est jamais suffisante, Jacques  a besoin de confiance dans nos regards, nos gestes et nos paroles : c’est l’attitude de Jésus devant les possédés.
La puissance divine est une puissance qui relève, qui éveille l’homme à lui-même, à ses possibilités d’humanisation. Cette attitude est longue à acquérir. Avec Relais d’Amitié et de Prière  nous l’avons conquise peu à peu, en apprenant à lâcher prise. Nous avons fait un travail sur nous-mêmes, un travail d’humilité, de reconnaissance de nos propres fragilités, un travail qui a fait jaillir en nous l’Espérance et a été fécond pour Jacques.
Au cours de nos réunions Relais d’Amitié de Prière, la prière féconde l’Amitié, l’amitié développe la prière.
Quand le malade psychique est à peu près stabilisé, quand sa formule de médication adaptée a été trouvée, il recèle des ressources de générosité insoupçonnée, qui peuvent l’amener à agir sur lui pour servir quelqu’un dans le besoin :
Ici, je voudrais citer ce mot de Jean Vannier qui peut s’appliquer aussi à tous les proches de personnes Handicapées : «  AIMER c’est révéler à l’autre sa propre beauté »
Aujourd’hui, Jacques a trouvé une certaine stabilité : il a des relations normales avec ses frères et cultive l’Amitié de personnes qui ont vécu avec lui en appartement thérapeutique. Il habite seul dans un appartement HLM sans problèmes en ce qui concerne la vie quotidienne. Mais en Janvier 2008, nous avons du faire la démarche de le mettre sous curatelle. Je suis devenu son curateur.

Nous blottissons nos vies dans l’Amour de Dieu

Dieu a vraiment ramené la bourrasque de nos vies avec Jacques au silence.
Nous nous réjouissons de la voir apaiser.
Dieu nous mènera petit à petit jusqu’au port de nos désirs.
Rendons-lui grâce pour tant d’amour, tant de miséricorde.
Merci aussi à vous tous ici présents.
C’est par vous que Dieu agit, par vos regards, vos actes, vos témoignages, …
Ils nous ont, petit à petit, remis debout au fils des réunions, des rencontres Relais.

Le 8 décembre 2008, nous avons appris la récidive de Cancer métastasique de Marie-Hélène.
Nous sommes maintenant armés pour faire face à la houle qu’elle pourrait faire monter dans le comportement de notre fils.
Un autre type de bourrasque souffle sur nos vies, bouleversant nos projets, renversant nos certitudes.
Mais nous avons confiance dans l’Amour de Dieu.
Nous y blottissons nos vies. Là réside notre Espérance.
Dieu saura nous conduire à bon port.
La vie continue, nous sommes grands-parents pour la première fois depuis le 19 février 2009.
Qu’elle est belle la vie quand nous avons pleinement confiance en Dieu. Il veille sur nous

Joseph Gressin

groupe Yvelines Boucle de la seine

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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais

« L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : "Abba !" »

de la Lettre de Saint Paul aux Romains

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« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire. »

de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)