En écho au témoignage de Florence lors de la Rencontre Nationale, Pierre, fils de membres de Relais, nous a autorisé à publier un bref résumé d’un manuscrit autobiographique et la lettre qu’une de ses soeurs lui adresse, après avoir lu ce manuscrit.

Dans un très beau document d’une trentaine de pages, Pierre parle de sa famille, de son enfance - il a quatre frères et soeurs -, puis de ses échecs scolaires, de sa première rencontre avec la drogue et avec les copains de la drogue. Quelques altercations avec la police ne l’empêchent pas de continuer à s’y adonner.

Bachelier, il s’inscrit en licence de psychologie à Nanterre et continue à fumer, persuadé que son entourage familial ne s’en aperçoit pas. Il accumule toutes les substances, connaît les overdoses et les manques, rencontre des copains extrémistes, mène une vie complètement décalée. « Nos soirées étaient faites de beuveries et de bagarres souvent très violentes », écrit-il lui-même.

À 27 ans, après plusieurs tentatives de suicide, il est hospitalisé en psychiatrie fermée. Pierre se sent alors drogué différemment par les neuroleptiques : «ça me faisait rigoler que la société me fournisse les moyens de mes paradis artificiels », écrit-il. Au bout d’un an, il va mieux, sort de l’hôpital, trouve du travail. Mais il retrouve aussi les copains, arrête ses médicaments, se remet à fumer des « joints » et retombe malade. En plein délire, il est hospitalisé à nouveau. Quand il ressort de l’hôpital, il se retrouve seul dans une chambre de bonne et travaille dans un CAT. Nouvelle rechute, retour chez ses parents, un diagnostic est alors posé, schizophrénie. Un Foyer-Espérance lui fait franchir une nouvelle étape. Il essaye de vivre avec d’autres malades dans une structure légère et adaptée.

A 36 ans voici ce qu’il constate :
J’ai compris désormais que j’ai besoin de médicaments
J’essaie d’avoir une hygiène de vie correcte
Je ne fume plus de joint
Je bois modérément de l’alcool.

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A la lecture de ce témoignage, voici ce que lui répond l’une de ses soeurs.

Ce récit, ces mémoires, c’est une partie de la vie de mon frère Pierre. Mais une si petite partie... Il faudrait pouvoir lui annexer toutes ces lettres qu’il nous écrit, passant sans doute des heures au-dessus de sa feuille, une Ricorée refroidissant à côté, pour maintenir, à travers la feuille quadrillée, un lien avec sa famille. Pierre, nous n’avons pas suivi les mêmes chemins, ils sont même différents à bien des égards, tu es et tu restes l’Aîné, le grand frère; tu es devenu l’Oncle Pierre...

Mais, le savais-tu ? Tu es aussi, par ta maladie, un point de rassemblement, et d’union pour tes frères et soeurs. Ta maladie... Nous avons tous eu du mal à comprendre. Nous ne parlions au début que de marginalité, non-insertion, drogue, mauvaises fréquentations... Alors qu’en fait, au fond de toi s’installait quelque chose contre lequel, seul, tu ne pouvais rien.

Personne autant que toi ne chemine avec ta maladie, c’est une évidence. Mais nous avons tout de même, nous aussi, notre part de cheminement. Lorsque j’avais 17-18 ans, tu me faisais peur. J’ai une image dans la tête d’un jour où je t’ai croisé dans l’escalier et où tu m’empêchais de passer. J’avais peur de toi, je ne voulais surtout pas penser à cette peur, je suis partie... Je ne vivais plus à la maison, et je ne comprenais pas bien ce qui se passait.

Je crois avoir entrevu la réalité la première fois que je suis allée te voir à l’hopital. J’ai bien vu que tu n’avais rien de commun avec ce type qui nous tournait autour en disant « ou lou lou lou lou... » d’une voix stridente, ni avec cette femme qui nous tendait les mains en faisant tourner ses yeux, la langue pendante... Quelles visions !... Mais tu m’as parlé avec douceur, et sans fard de ta maladie, et cela m’avait fortement impressionnée, incroyablement étonnée aussi.

Au même moment, j’ai suivi, dans le cadre de l’Institut de Criminologie dont je préparais le diplôme, des cours de psychiatrie, deux heures par semaine. Le prof parlait de schizophrénie, de délire paranoïaque, de tas d’autre mots que tout le monde connaît, mais dont personne ne pénètre le sens. Et petit à petit, se dessinait pour moi le parcours de souffrance que tu devais vivre, la seule chose dont tu n’as jamais, ou presque, parlé. Mais elle est là, je le sais, je le sens. En ouvrant ton manuscrit, je pensais la trouver écrite, mais non, même si on la devine derrière certains mots, tu l’occultes. Pourquoi ? Je n’en sais rien. Peut-être te fait-elle peur, peut-être n’arrives- tu pas à la verbaliser ? Elle est pourtant au coeur de ton histoire, mais peutêtre est-ce cela, justement ta raison de la taire : c’est ton histoire, penses-tu... Pourtant, vois-tu, c’est ce que je crois comprendre de ta souffrance, même si je suis consciente d’être loin du compte, qui me fait te découvrir un peu plus à chaque lettre, à chaque contact.

Cette souffrance, ta maladie... ta maladie, ta souffrance... Qui saura jamais d’où elles viennent ?

Ne crois surtout pas que j’en parle comme si je savais. Je sais que je n’en connais rien.

J’étais profondément démunie devant elle. Elle me blessait, comme un reproche, pour ne pas savoir la partager. Pendant des années, chaque fois que je parlais de toi, j’avais les larmes aux yeux, et je finissais en larmes, jusqu’à ce qu’un jour, une amie me dise: «Mais enfin, pourquoi pleures-tu toujours en parlant de Pierre ? »

Oui, pourquoi ?
J’ai compris ce jour-là que j’étais heurtée, profondément, par cette souffrance qui t’habitait, et que je le serais toujours.

Je ne pleure plus en parlant de toi. Je parle même souvent de toi. Toutes mes amies te connaissent, et tu as été une formidable occasion d’ouverture aux autres. Tu me fais comprendre tant de choses !

Tes longues et fréquentes lettres nous disent ton quotidien, mais elles nous disent aussi ton exigence envers nous. Quelquefois, je trouve tes reproches, sur un mot que j’ai pu te dire ou t’écrire, durs, et pourtant tes reproches me font avancer. Ta vie repart doucement, sur d’autres projets, pas ceux dont tu avais rêvé à 20 ans, mais tu n’es pas celui que tu étais à 20 ans. La vie, la maladie t’ont changé. Ton challenge d’aujourd’hui, c’est de réaliser, à courte échéance, sans regarder trop loin devant, les projets que tu te fixes. Et je sais à quel point c’est un combat !

Je voudrais finir en citant ce passage des Béatitudes, qui me font penser à toi, chaque fois que je les lis ou que je les entends.

« Heureux ceux qui ont une âme de pauvre, car le Royaume des Cieux est à eux.
Heureux les doux, car ils possèdent la terre.
Heureux les affligés, car ils seront consolés.
Heureux les affamés et les assoiffés de justice, car ils seront rassasiés.
Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.
Heureux les coeurs purs, car ils verront Dieu.
Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

Transmets cet esprit à ton filleul....

Martine Ta petite soeur qui t’aime.

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Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
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Extrait de la Prière de Relais

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de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)