Exposé d'Agnès Auschitzka le 21 septembre 2013.

lors de la réunion du groupe Paris-Ile de France

Elle est journaliste, psychologue et parent d’un malade psychique,

 Comment aimer et accompagner nos proches malgré et au-delà de notre sentiment de culpabilité ?

1. Qu’est ce que le sentiment de culpabilité ?

Trois remarques générales :

  • Il n’est pas besoin de vivre avec une personne en souffrance psychique pour connaître les affres du sentiment de culpabilité.
  • Il n’est pas besoin d’avoir commis dans la réalité une quelconque faute pour éprouver un tel sentiment. Ce dernier s’enracine souvent dans la vie inconsciente plus que dans la conscience.
  • L’histoire, le tempérament et l’environnement de chacun influence son degré de perméabilité à ce sentiment.

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 Le sentiment de culpabilité, c’est quoi ?

C’est l’impression (donc subjective) désagréable -justifiée ou non- de ne pas être juste, d’avoir commis une faute, de nourrir un désir interdit, d’avoir eu un comportement coupable face à telle personne ou telle situation, etc. Ce sentiment est universel et il n’y a pas d’âge pour l’éprouver.

 Il peut être positif s’il renvoie la personne qui l’éprouve à une culpabilité objective. Car alors, il peut lui permettre de se remettre en cause, de reconnaître sa faute et de la réparer, de corriger son comportement, d’accueillir le pardon de Dieu.

 Inversement, ce sentiment peut tout aussi bien se révéler négatif, plongeant la personne qui l’éprouve dans une forte angoisse et une tendance à l’autoaccusation.

 La personne est alors prise au piège de ce qui devient un processus actif quasi permanent : la culpabilisation.

 Les effets de ce processus sont multiples et destructeurs : mésestime de soi, dévalorisation, perte de confiance en soi, tristesse, dépression, stress, épuisement physique et psychique, dévitalisation etc…

 2. La maladie psychique et le sentiment de culpabilité

S’il nous est impossible d’éradiquer tout sentiment de culpabilité de nos vies, du moins nous pouvons apprendre à combattre ce qui nourrit injustement ce sentiment douloureux et qui nous entraîne dans le processus destructeur de la culpabilisation et de l’auto-accusation.

Voilà une bonne nouvelle que je me propose de vous faire partager, sachant combien la confrontation à la maladie psychique et à nos proches ouvre les vannes à ce qui empoisonne littéralement nos vies : une culpabilisation plus souvent injustifiée que justifiée.

De l’impuissance à la culpabilisation

Les psychanalystes s’accordent tous pour considérer que le sentiment de culpabilité vient sournoisement à l’homme dès que celui-ci est confronté à son impuissance ou seulement à ses limites… Ne pas pouvoir (se montrer parfait, tout dominer, empêcher le malheur, sauver le monde entier, guérir notre enfant, etc. …) revient pour lui à être coupable.

Or, s’il y a une situation qui nous renvoie à notre impuissance et à nos insuffisances (ajoutées à celles des professionnels, des services publics etc.)

C’est bien celle dans laquelle nous nous trouvons lorsqu’un de nos proches est touché par la maladie psychique.

Face à la souffrance psychique de notre conjoint, de notre enfant, de notre proche, nous sommes le plus souvent désarmés et impuissants pour le soulager ou pour éviter les conséquences dramatiques voire fatales (suicide) de sa pathologie. La tentation est grande de glisser vers la culpabilisation.

En vrac, je vous livre quelques confidences entendues au fil des jours et qui sont autant d’auto- accusations :

« Je n’aurais jamais dû le laisser aller seul à ce rendez-vous, je n’ai pas su le protéger ou protéger ses frères et sœurs, je n’ai pas été là quand il en avait besoin, je fais passer mon désir avant lui, certaines pensées haineuses à son égard me culpabilisent, j’aurais préféré qu’il se suicide pour de bon ou inversement j’aurais dû comprendre qu’il voulait passer à l’acte etc. »

Autant de pensées négatives qui nous minent le jour et nous maintiennent éveillés la nuit.

Or, ce n’est pas parce que nous avons fait objectivement quelque chose de mal, de répréhensible aux yeux de la loi ou de la morale, que nous nous reconnaissons coupables…

Non, c’est parce que nous n’avons pas pu empêcher le malheur qui touche notre proche et ses conséquences que nous nous jugeons (subjectif) coupables !

En fait, nous oublions que le sentiment inconscient ou la volonté de toute-puissance est l’expression d’une posture fantasmée et illusoire de l’être humain.

Dans la réalité, aucune personne n’a le pouvoir de faire le bonheur d’un autre ou d’empêcher son malheur, fusse-t-il la chair de sa chair ou l’homme ou la femme élu(e) de son cœur.

Et les gestes que nous posons, les paroles que nous lui adressons, les décisions que nous prenons à son sujet avec bonne volonté, seront toujours dans l’état actuel des connaissances de ces maladies, d’une certaine manière imparfaits et insuffisants.

Parfois même, ils s’avéreront maladroits, inappropriés, voire néfastes et nous pourrons à juste titre les regretter.

Pour autant, nous n’avons pas à nous culpabiliser et à nous condamner.

Car, alors, l’autopunition répondra en boucle à l’auto-accusation et le faux coupable s’épuisera et tombera sous ses propres coups ajoutés à ceux, déjà cruels, que la maladie de son proche lui inflige.

Par la même occasion, l’accompagnement et la relation d’aide s’en trouvent empêchés.

En revanche, si possible dans un dialogue bienveillant avec d’autres, tirer les leçons de ce qui a été fait ou dit, reconnaître éventuellement les erreurs commises pour tenter d’améliorer l’accompagnement de son proche et sa relation d’aide, permet de continuer à progresser.

Cette autocritique sans jugement moral ni condamnation de nous-mêmes est une première victoire emportée sur la gangrène de la culpabilisation.

A noter qu’il arrive aussi que notre autocritique ne mette à jour aucune erreur de notre part, tant il est vrai que les maladies psychiques restent insaisissables par la raison.

 

Quand d’autres nous accusent…

Si le processus de culpabilité n’a pas besoin de jugement extérieur pour se mettre en route, il est clair qu’il se renforce sensiblement lorsque d’autres nous accusent de mal faire ou de mal penser. Les reproches ou autres condamnations telles que «  c’est de ta faute si…» « Tu n’aurais jamais dû »… « A ta place, j’aurais agi autrement pour éviter ce malheur ou encore « avec le passé, l’hérédité qui sont les tiens  » sont autant de coups accélérateur qui emballent la machine à culpabilisation.

Des coups d’accélérateurs qui, selon les auteurs et les circonstances peuvent être nets et brutaux ou sournois et répétitifs, mais dans tous les cas, le résultat est le même.

Pour rester dans l’environnement qui est le nôtre, j’évoquerai en premier les coups qui nous arrivent de la personne malade et de ceux que nous côtoyons le plus souvent. 

 

La personne malade psychique 

Le phénomène du bouc émissaire, où la personne projette ce qu’elle vit très douloureusement comme une culpabilité, sur les personnes les plus proches d’elle, est très répandu parmi les personnes atteintes de troubles psychiques. C’est une manière pour elle d’échapper à la prise de conscience de sa pathologie et/ou de survivre à son propre sentiment de culpabilité.

Plutôt que de reconnaître en moi cette incapacité (impuissance) quasi absolue à être heureux, responsable, autonome, j’accuse l’autre de mon malheur.

Et là, l’imagination en termes de reproches n’a pas de limites, usant des leviers qu’offre la manipulation et le harcèlement.

Les coups sont cruels, atteignant ceux et celles dont les personnes malades reçoivent le plus d’attention et d’amour, et toujours appuyant là où cela fait le plus mal.

Des coups qui sont en fait des cris de grande détresse et d’angoisse.

Et aussi, d’espoir : «  Si le mal est en l’autre et non pas en moi, j’ai peut-être quelque chance encore de m’en sortir ».

 

Quand nous sommes victimes de culpabilisation de la part de nos proches malades, comment réagir ?

Quelques pistes à tracer en nous : 

1.Comprendre les raisons inconscientes de ses accusations pour ne pas prendre pour argent comptant les chefs d’accusation.

2.Ne pas chercher à le raisonner en plaidant non coupable. C’est perdu d’avance et cela risque d’augmenter son angoisse, tout en augmentant la force de ses coups

3. Rappeler à la personne que même si on a pu se tromper, on a fait de son mieux et qu’on continuera à faire ainsi.

4.Repérer chez nous la limite qui, si elle est dépassée, nous fait tomber sous les coups. Celle-ci est différente pour chacun et chacune et varie au fil du temps. Prendre les décisions nécessaires pour éviter un tel désastre.

 

 Et d’autres accusateurs… 

Car d’autres personnes qui, par des coups directs ou indirects, entretiennent et renforcent notre sentiment de culpabilité, il y en a d’autres, bien sûr.

(Nous-mêmes, dans d’autres situations, ne sommes- nous pas parfois ces agents accusateurs : vis-à-vis de nos parents et amis, de nos voisins ou collègues etc. ?)

Il y a les membres de notre famille, parfois manipulés par la personne malade, qui nous reprochent tout et son contraire : de nous occuper trop ou pas assez de la personne malade, voire d’inventer sa maladie ou d’être à l’origine de sa pathologie, de trop ou pas assez nous protéger…

Il y a les accusations, plus ou moins déguisés, de certains soignants. L’idée que les parents sont responsables/coupables des troubles psychiques a la vie dure.

Comment réagir face à ces attaques qui, en renforçant notre sentiment de culpabilité, nous fragilisent un peu plus, au risque de nous enlever l’énergie nécessaire pour poursuivre notre combat si difficile contre les effets de la pathologie qui touche notre proche ?

Quelques pistes à nouveau :

  • Relativiser la justesse de ces reproches en se rappelant qu’ils font là encore partie d’un système de défense inconscient de la part de ceux qui les profèrent.

L’autre, quel qu’il soit ne peut détenir la vérité absolue sur moi, car il me voit toujours au travers de ses lunettes adaptées à sa vue (ses angoisses, son sentiment d’échec, son impuissance, ses peurs etc.).

  • Relativiser n’est pas suffisant.

 Nous devons apprendre à nous défendre de telles accusations dès lors qu’elles nous condamnent et nous culpabilisent.

 Ce que nous ne pouvons pas faire avec la personne malade, nous devons le faire avec ceux et celles qui sont sensés avoir les moyens de communiquer de manière relationnelle, c’est-à-dire avec bienveillance et respect.

 Il nous faut apprendre à refuser ce qui n’est pas bon pour nous, ce qui nous fait violence  en redonnant à l’autre la responsabilité de ce qu’il dit ou fait à notre égard.

 Exemple : « Quand tu m’as dit que je n’aurais jamais dû faire hospitaliser mon fils, cela m’a fait très mal. Je te demande de ne pas me juger ».

 Quand il s’agit d’un professionnel, là encore, il nous faut apprendre à nous affirmer, à nous faire respecter pour que chacun occupe avec responsabilité sa place et communique de manière relationnelle.

 Surtout pour que nous ne nous laissons pas maltraiter.

 Toute parole culpabilisatrice est une maltraitance dont il faut se protéger.

 Il y va de notre capacité à durer dans l’accompagnement de nos proches malades qui traduit notre amour pour eux. 

3. Notre seule culpabilité aux yeux de Dieu : ne pas croire en son amour 

C’est à double titre que j’aborde ce troisième point  qui place le sentiment de culpabilité dans le rapport à la foi chrétienne.

En premier, parce que Relais Lumière Espérance est un mouvement d’Église, et en second, parce que le rapport entre culpabilité, sentiment de culpabilité et foi en Dieu est parfois confus et embrouillé. 

Donc, je vous propose quelques mises au point :

 

1. La culpabilité aux yeux de Dieu n’est pas celle que nous nous reconnaissons.

« De quelque manière que notre cœur nous condamne, Dieu est plus grand que notre cœur et connaît tout» (1 Jean 3,20 ).

Bien sûr, nous nous connaissons un peu, nous connaissons nos défauts, nos insuffisances, nos péchés, mais seul Dieu nous connaît vraiment et est le seul à pouvoir nous juger.

La vraie culpabilité c’est ce que Dieu reproche à un homme dans le secret de son cœur, face à une loi qu’il a donnée.

Ne soyons pas notre propre juge et n’acceptons pas que d’autres le soient.

Laissons Dieu à sa place.

« Ne jugez pas, et vous ne serez pas jugés ; ne condamnez pas, et vous ne serez pas condamnés ; remettez, et il vous sera remis » (Luc 6, 37).

Et de quelle Loi s’agit-il ?

L’essence de la Loi de Dieu se trouve dans les deux commandements : tu aimeras Dieu de tout ton être et ton prochain comme toi-même.

C’est-à-dire que toutes les lois morales ou civiles n’ont de valeur aux yeux de Dieu que si elles sont ordonnées à l’Amour.

De ce point de vue, le sentiment d’être coupable n’est pas un sentiment chrétien et encore moins une vertu chrétienne !!!

C’est un sentiment qui a sa racine dans la dimension psychologique de notre être.

Pour faire la différence entre la vraie culpabilité aux yeux de Dieu et celle que l’on s’attribue, on peut se poser ces questions :

  • Qui est au centre de ce sentiment : moi et mon image ou Dieu ? Le fils prodigue ne s’introspecte pas, ne rumine pas, ne se préoccupe pas du jugement de son père mais il reconnaît clairement son péché, sa faute vis-à-vis de Dieu : j’ai péché contre le ciel et contre Dieu.
  • De quoi ou de qui est ce que je me soucie en premier : de moi, de l’image de moi que je trouve ternie ou de Dieu que j’ai attristé par ma faute ou des autres que j’ai blessés ?

 En fait, ce n’est pas souvent dans notre relation à nos proches malades que nous transgressons la Loi de Dieu.

Notre impuissance à l’aider, parfois nos erreurs à son égard, les actes que nous faisons tels qu’un hospitalisation sans son accord, nos ras le bol, nos découragements, nos épuisements, voire nos sentiments de haine, ne sont pas des fautes aux yeux de Dieu.

 

2. Dieu pardonne et sauve

« Nous sommes des pécheurs pardonnés et sauvés », telle est la Bonne nouvelle de l’Évangile. Or le processus de culpabilisation nous dévitalise, nous fait perdre confiance en nous-mêmes et en la vie.

C’est un processus mortifère.

Tout le contraire du processus de salut que nous offre Dieu, venu en Jésus sauver les pécheurs que nous sommes. 

Se remettre devant ce mystère de l’amour inconditionnel de Dieu, dans la prière, peut nous aider à stopper l’emballement de l’auto-culpabilisation et à refuser celle que nous infligent parfois les autres. Barrons la route à notre inconscient qui nous laisse penser que Dieu envoie l’épreuve de la maladie de nos proches pour nous faire expier quelques péchés…Son pardon est gratuit puisqu’il est Amour.

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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais

Livre de Josué (1, 1.5b ; 6-9)

Après la mort de Moïse, serviteur de
Yahvé, Yahvé parla à Josué, fils de Nûn,
l’auxiliaire de Moïse, et lui dit (…):
« Je serai avec toi comme j’ai été avec
Moïse, je ne t’abandonnerai point ni ne
te délaisserai. (…)
Sois fort et tiens bon, car c’est toi
qui vas mettre ce peuple en possession
du pays que j’ai juré à ses pères de lui
donner.
Seulement, sois fort et tiens très
bon pour veiller à agir selon toute la
Loi
que mon serviteur Moïse t’a
prescrite.
Ne t’en écarte ni à droite ni à gauche,
afin de réussir dans toutes
tes démarches.
*Que le livre de cette Loi soit toujours sur
tes lèvres : médite le jour et nuit afin de
veiller à agir selon tout ce qui y est écrit.
C’est alors que tu seras heureux dans
tes entreprises et réussiras. Ne t'ai-je
pas donné cet ordre : sois fort et tiens
bon ! Sois sans crainte ni frayeur, car
Yahvé ton Dieu est avec toi dans toutes
tes démarches. »

 

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. »

du Livre d'Isaïe

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« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire. »

de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)