Toute famille rencontre des difficultés. Quand elles sont graves, ces difficultés suscitent généralement un sentiment d’incompréhension et d’injustice, qui conduit à la fuite parfois, à l’abattement souvent et, presque toujours, à la révolte. Ceci est particulièrement vrai quand survient une maladie grave ou un handicap, et il n’est pas facile d’aller au-delà de ce sentiment de révolte.
Cette question est au cœur de la Bible. Car le passage progressif de la révolte au consentement est LE chemin de la Bible ; un chemin que Jésus nous montre et sur lequel il nous précède : « Que cette coupe s’éloigne de moi s’il est possible, mais non pas ma volonté mais la tienne… » (Lc 22, 42).
Les Ecritures donnent un certain nombre de pistes sur la révolte et sur le consentement.

I-    LA REVOLTE …A BON ESCIENT

A) Elle est une réaction légitime et nécessaire
Il y a pas mal de bonnes raisons de se révolter quand on est confronté à une situation de maladie psychique ou de handicap : un sentiment d’injustice (je n’ai pas mérité çà !), l’absence d’explication (pourquoi, comment ?), le fait que soient frappés des innocents (pourquoi lui/elle ? Moi/Nous ?), la peur de l’avenir (comment vais-je tenir le coup ?) ou l’incertitude sur les perspectives (comment évoluera son mal ? Que va-t-il devenir ?).
Et la révolte est nécessaire et bénéfique à plusieurs titres : pouvoir crier son incompréhension ; exprimer son ressentiment ou son désarroi ; oser demander de l’aide ou appeler au secours ; marquer, surtout, que la maladie ou le handicap ne sont pas l’horizon de nos vies et que nous entendons continuer de regarder au delà.
B) La révolte est d’ailleurs partout dans la Bible
On y trouve de très nombreuses évocations d’attitudes de révolte d’hommes et de femmes qui souffrent, qui doutent ou qui sont confrontés à une épreuve comparable à celle que nous vivons nous-mêmes, parents d’une personne malade ou fragile : par exemple dans le Livre de Job, dans les psaumes mais aussi dans les paroles de Jésus lui-même : « Que cette coupe s’éloigne de moi s’il est possible » ou encore « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 46).
Cependant, il y a deux sortes de révolte : l’une est malvenue (chercher un coupable, l’homme ou Dieu) ; l’autre est féconde (qui conduit à faire face et à s’appuyer sur l’épreuve pour avancer et pour grandir).
C) Il y a des motifs de révolte qui ne sont pas bons
On entend parfois certaines idées fausses ou fausses évidences sur ce que dit la Bible à propos de la maladie psychique ou du handicap, qui sont à l’origine de beaucoup de souffrances et qui sont de mauvaises raisons de se révolter.
L’homme qui souffre, responsable de ce qui lui arrive ?
Le handicap ou la maladie, les épreuves de manière plus générale ont longtemps été interprétés comme le signe d’un châtiment qui répondait à une situation de culpabilité ou d’impureté. C’est la doctrine dite « de la rétribution ». Cette réaction n’est pas propre à une époque : on la trouve dans les premiers livres de l’Ancien testament mais la question est posée à Jésus à propos de l’aveugle-né : « Qui a péché, cet homme ou ses parents, pour qu’il soit aveugle ? » (Jn 9).
Cette idée de responsabilité est à l’origine de la révolte et du sentiment de culpabilité de beaucoup de parents : «qu’est-ce que j’ai fait au Bon Dieu ?». Or ce n’est pas le message de la Bible !
Celle-ci ne dit pas que c’est parce que nous avons péché que nous souffrons, mais que commettre le mal nous fait souffrir (Benoît XVI, encyclique Spe salvi, 2007). Et la réponse de Jésus est sans ambiguïté : « ni lui n’a péché, ni ses parents ».
Dieu à l’origine de nos maladies ou de nos fragilités ?
Si nous croyons que Dieu est tout puissant, et puisque le mal existe, la tentation est grande de conclure qu’il l’a voulu ou au moins laissé faire. On trouve plusieurs fois cette idée dans le Premier testament, depuis la faute d’Adam et Eve jusqu’à cette appréciation de Job (2, 10) : « Si nous accueillons le bonheur comme un don de Dieu, comment ne pas accepter de même le malheur ! ».
Mais elle n’est pas reprise une seule fois dans le Nouveau testament ! C’est la marque qu’elle est dépassée depuis Jésus. Elle n’est d’ailleurs pas compatible avec ce qui est écrit dans la Bible : celle-ci nous révèle un Dieu d’amour, qui ne peut pas avoir voulu le handicap ou la maladie de nos enfants ou nos propres fragilités. Il est tout puissant mais tout puissant d’amour.

C’est ce que dit par exemple St Jacques :
« Que nul, s’il est éprouvé, ne dise : "C’est Dieu qui m’éprouve." Dieu en effet n’éprouve pas le mal, il n’éprouve non plus personne » (Ja 1,13).
L’indifférence de Dieu aux cris de ceux qui souffrent ?
Certains d'entre nous peuvent être révoltés de l’absence de réponse de Dieu à leurs appels. Il y a, en effet, des prières qui ne sont pas exaucées, des miracles ou des guérisons qui se font attendre.
La lecture des Ecritures conduit à trois remarques sur ce point.
D’abord, la prière de demande ne consiste pas à « passer commande », mais plutôt à nous mettre simplement entre les mains du Père, dans une proximité telle que nous le laissons partager nos épreuves et nos joies, et ainsi apprécier ce qui nous est le plus nécessaire : « Votre Père céleste sait que vous en avez besoin » (Mt 6, 32).
Pour ce qui me concerne, ma prière n’a jamais consisté à solliciter la guérison de notre fille Armelle mais à demander trois choses : qu’il lui advienne ce qui est bon pour elle et qu’elle soit heureuse ; que nous soyons éclairés dans les choix que nous avons à faire pour elle ; et que nous soit donnée la force de tenir bon et d’être à la hauteur.
Ensuite, je crois que la réponse de Dieu est souvent ailleurs que là où nous l’attendons : « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu » (Mt 16, 23). Le sentiment du silence de Dieu et d’inefficacité de la prière tient au fait que nous sommes parfois davantage polarisés sur nos demandes que sur les réponses qui nous sont données. C’est pourquoi je ne me demande plus si Dieu va répondre à ma prière, mais quelle est sa réponse dans ma vie.
Enfin, les miracles sont rarement spectaculaires dans la Bible et l’action de Dieu agit le plus souvent au cœur des personnes, sans que cela se voie, comme en secret. Pour moi, le vrai miracle se produit chaque fois qu’une personne éprouvée témoigne de sa fécondité et montre, au-delà des difficultés, des inquiétudes et de la souffrance, qu’on peut trouver des forces insoupçonnées dans l’amour et la confiance. Il y a, dans nos vies à tous, des miracles que nous ne savons pas toujours voir.
Bienheureuse souffrance ?
Si cette formule a pu être entendue à certaines époques, ce n’est pas le discours de l’Eglise  aujourd’hui ; et encore moins le message de la Bible !
Nulle part, en effet, la souffrance n’y est évoquée comme bonne en soi ; et le caractère insupportable de la souffrance, la dureté de la vie avec une maladie grave ou handicapante trouvent dans les Ecritures des échos nombreux et constants.
Ce que révèle la Bible en revanche, c’est que, en dépit du caractère inacceptable et scandaleux de la souffrance, il est possible d’en retirer du bon ; parce que l’épreuve confronte à l’essentiel, conduit  souvent à se dépasser, à réorienter nos vies vers ce qui est le plus important, et notamment vers les autres ; et aussi à rencontrer Dieu dans notre humilité, dans la simplicité de celui qui souffre. Et qu’il est possible d’être heureux autrement et de continuer à grandir malgré la souffrance.

II-    L’INVITATION AU CONSENTEMENT

A) Consentir, ce n’est pas se résigner
Il y a une idée encore répandue selon laquelle les Ecritures délivreraient un message d’acceptation du présent, des épreuves ou de la maladie, nous invitant ainsi à nous résigner à notre sort en échange de la promesse d’un avenir radieux. Or on lit exactement l’inverse dans la Bible !
Les cris de révolte y sont en effet omniprésents : « Je suis seul et malheureux » (Ps 25) ; « Mon âme est rassasiée de maux » (Ps 88) ; « Jusques à quand Yahvé m’oublieras-tu ? (…) Jusques à quand mettrai-je en mon âme la révolte ? » (Ps 13) ; nulle part, il n’est demandé d’étouffer ses plaintes ou d’accepter sa condition ; jusqu’à la révolte du Christ lui-même (« Mon Père, s’il est possible, que cette coupe s’éloigne de moi » Mt 26, 39).
Les livres de la Bible sont une longue exhortation à vivre, à se tenir debout et à se battre. Mais leur originalité radicale, c’est de nous encourager à apprendre qu’il y a plus essentiel encore que la santé ou l’intégrité physique, psychique ou mentale ; et que le plus important se trouve dans la vérité d’une relation, dans l’amour que tout le monde est capable de recevoir et de donner et dans la possibilité d’une vraie intimité avec Dieu. Car notre vie ne sera réussie in fine qu’à la mesure d’un seul critère : l’amour que nous aurons partagé ; or toute personne en est capable, qu’elle soit fragilisée ou non.
B) Alors, en quoi consiste le consentement auquel nous sommes invités ?
   Notre situation est très comparable à celle de Josué
Il y a dans l’Ancien testament, au Livre de Josué, un petit texte qui correspond assez bien à ce que nous vivons et qui donne certaines clés pour y faire face.
Il revient à Josué de conduire le peuple. Prévenant ses protestations devant l’ampleur de la mission, Yahvé l’exhorte à se montrer fort et il l’assure de son soutien dans la réalisation d’une tâche qui le dépasse. Mais ce passage trouve un écho particulier dans le cœur de tous ceux qui sont confrontés à des épreuves ou à des objectifs qui leur paraissent insurmontables. Pour moi, il y a là des paroles dans lesquelles je continue de trouver un réconfort et un vrai soutien dans cette épreuve à bien des égards insurmontable pour des parents ordinaires comme le sont tous les parents ! - lorsque survient un handicap ou une maladie psychique.
Car, en dépit de la diversité de nos situations, nous avons tous été placés sans préavis devant la nécessité de relever comme nous l’avons pu trois défis majeurs, les mêmes exactement que ceux auxquels doit faire face Josué :
•    un doute oppressant sur notre capacité à être à la hauteur de la situation ;
•    un sentiment profond et durable de solitude ;
•    la perte de nos repères.
Or Yahvé lui apporte des réponses, dont chaque terme vaut aussi pour nous :
-    sur sa capacité à faire face : « Sois fort et tiens bon » (3 fois) : non seulement, il lui donne un encouragement mais il lui signifie qu’il en est capable (3 fois « tu réussiras ») et même qu’il est possible d’être heureux en dépit du poids des responsabilités et de l’épreuve (« tu seras heureux dans tes entreprises ») ;
-    à propos de la solitude, il l’assure qu’il n’est pas seul dans son épreuve (3 fois !) ; ceci nous renvoie aux derniers mots de Jésus dans l’Evangile selon St Matthieu : « Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28, 20) ;
-    sur la perte des repères, enfin, Yahvé lui indique une voie qui lui permettra de trouver la force d’y arriver : « Veille à agir selon toute la Loi » (3 fois) ; une voie dont Paul dira qu’elle est « supérieure à toutes les autres » (1 Co 12) et dont Jésus nous apprend qu’elle se résume à un mot : l’amour pour Dieu et pour le prochain : « Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux là » (Mc 12, 31b). A nous de nous approprier les paroles dites à Josué ?
   Nous appuyer sur l’Ecriture
De nombreux exemples de consentement nous sont proposés dans la Bible (Abraham, Josué, Marie, Jésus…). Beaucoup de choses nous rapprochent de ce que qu’ils ont vécu : une situation improbable, imprévue et imprévisible ; un évènement qui engage leur vie, et pour toujours ; la confrontation à l’inconnu ; l’exposition à la solitude et parfois au rejet ; l’expérience du doute et de la peur («Que cette coupe s’éloigne de moi »).
Cette proximité fait qu’ils nous éclairent sur le consentement auquel nous sommes nous-mêmes invités :
-    ils nous montrent tous que consentir, c’est un choix : celui d’accepter la situation que l’on a à affronter, d’en être acteur au lieu de la subir ; il ne s’agit pas seulement de s’habituer mais de choisir (et on peut refuser de consentir) ;
-    ils nous disent aussi que consentir, c’est opter pour la confiance, en acceptant de ne pas pouvoir tout maîtriser et de laisser Dieu agir en nous et par nous ;
-    ils témoignent enfin que consentir, c’est s’engager dans une démarche de conversion qui revêt trois aspects :

  • admettre, d’abord, que les choses ne sont pas comme avant ou comme on l’avait envisagé, mais que la vie est possible malgré cela et qu’elle peut être belle ;
  • ensuite, reconsidérer l’ordre de nos priorités, et pour cela nous interroger sur ce qui est le plus important dans nos vies et ce qui l’est finalement moins ;
  • enfin, changer de regard sur la personne, sur notre proche qui souffre d’une fragilité mais aussi sur nous-mêmes : reconnaître sa dignité, sa grandeur, ce qu’il nous apporte mais aussi la fécondité dont il nous rend capable et que nous ne  soupçonnions pas.

Finalement, consentir, c’est choisir de garder confiance pour continuer d’avancer par d’autres  chemins. Et reconnaître un sens et une vraie fécondité à une vie qui paraît au premier abord froissée ou bien fragile. En me sachant capable de l’aimer avec l’aide de Dieu.
C’est ce qu’on appelle simplement l’Espérance.

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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais

Livre de Josué (1, 1.5b ; 6-9)

Après la mort de Moïse, serviteur de
Yahvé, Yahvé parla à Josué, fils de Nûn,
l’auxiliaire de Moïse, et lui dit (…):
« Je serai avec toi comme j’ai été avec
Moïse, je ne t’abandonnerai point ni ne
te délaisserai. (…)
Sois fort et tiens bon, car c’est toi
qui vas mettre ce peuple en possession
du pays que j’ai juré à ses pères de lui
donner.
Seulement, sois fort et tiens très
bon pour veiller à agir selon toute la
Loi
que mon serviteur Moïse t’a
prescrite.
Ne t’en écarte ni à droite ni à gauche,
afin de réussir dans toutes
tes démarches.
*Que le livre de cette Loi soit toujours sur
tes lèvres : médite le jour et nuit afin de
veiller à agir selon tout ce qui y est écrit.
C’est alors que tu seras heureux dans
tes entreprises et réussiras. Ne t'ai-je
pas donné cet ordre : sois fort et tiens
bon ! Sois sans crainte ni frayeur, car
Yahvé ton Dieu est avec toi dans toutes
tes démarches. »

 

« Il s'en va, il s'en va en pleurant,
il jette la semence,

il s'en vient, il s'en vient dans la joie,
il rapporte les gerbes »

du Psaume 125

Vous pourrez trouver

des conférences, témoignages et méditations dans les buletins d'information de Relais “Le Lien” .

 Pour vous recevoir chaque semestre pendant un an "Le Lien",

Relais Lumière Espérance

90, avenue de Suffren

75738 Paris Cedex 15

« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire. »

de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)