Notre plus grand handicap dans notre relation avec des personnes qui peuvent être très perturbées est notre difficulté à découvrir sous leurs apparences extérieures que leur coeur est un domaine, caché certes, mais d’une très grande richesse

et qui a toutes les possibilités pour mener une vie très profonde d’union à Dieu, même si elles n’en ont pas conscience. Dans un petit livre intitulé « La mort », j’ai raconté comment mon père, qui avait choisi d’accompagner jusqu’au bout son épouse dans le lent processus de dégradation mentale de la maladie d’Alzheimer, avait découvert progressivement qu’une réelle communion s’établissait toujours plus profondément entre eux, grâce à ce don continuel d’une présence offerte. Dans cet échange mystérieux du don mutuel de leur présence, c’est sans doute mon père qui avait le plus changé et l’influence de ma mère n’avait jamais été aussi forte sur lui que lorsqu’elle paraissait plus démunie.

De fait, la vie du coeur est une vie faite de présence dans le don mutuel de notre temps, qui est ce que nous avons de plus précieux, parce que le temps est unique et irremplaçable.

C’est seulement dans ce contexte que nous pouvons, lors de moments privilégiés, découvrir cette vie du coeur très profonde et habituellement très cachée chez nos proches qui connaissent la grande souffrance du handicap psychique.

Nous découvrons alors que si le niveau moral ne leur est souvent pas complètement accessible, le niveau théologal, celui de la communion avec Dieu et avec les hommes, faits à son image, est celui auquel elles peuvent vivre de manière habituelle.

Petits et pauvres

Jésus n’a-t-il pas toujours considérer de manière privilégiée les petits et les pauvres ? Les personnes handicapées psychiques ne relèvent- elles pas d’une certaine manière de ces deux catégories ? Il n’est donc pas étonnant que Jésus leur ait réservé une voie d’accès toute particulière à l’Esprit Saint, la possibilité d’une réelle sainteté. Le Père Thomas Philippe, co-fondateur de l’Arche avec Jean Vanier, pensait que les hôpitaux psychiatriques, qu’il visitait régulièrement, recèlent de véritables saints qui vivent une vie très cachée d’union avec Dieu venu les rejoindre au fond de leur souffrance. Cette vie se manifeste au niveau de ces vertus très simples mais très profondes que sont la foi, l’espérance et l’amour.

Mais les personnes handicapées psychiques ont besoin de l’aide que Jésus a prévue pour elles dans son Eglise, et d’abord d’y être accueillies dans leur espace de liberté. Il est très difficile mais très important de découvrir pour chacune de ces personnes quel est son espace de liberté et de lui laisser l’usage de cet espace. Car c’est à l’intérieur de cet espace qu’elles vont pouvoir cheminer vers Dieu, sur ce chemin de l’amour, à partir d’actes de foi, d’espérance et d’amour à leur mesure, qui n’est pas celle des autres, mais qui est très grande. C’est pour cela que le Saint Sacrement peut prendre une telle place chez elles. Devant Jésus qui les accueille dans le silence, dans leur singularité, elles trouvent un véritable espace de liberté. Elles ont devant le Saint Sacrement la possibilité d’une communion avec les autres sans avoir besoin de parler.

Souffrance et réconciliation

Le sacrement de réconciliation, entendu comme le passage de l’Esprit Saint venu rétablir la paix dans un coeur qui a soif de communion et de bonheur, même si cette soif ne se manifeste pas extérieurement, peut être également une aide très puissante pour elles. Nous n’avons pas suffisamment compris que les sacrements de Jésus ont été conçus pour aider non « les bien portants, mais les malades ».

Chez la personne handicapée psychique, l’impression plus ou moins forte de ne pas contrôler sa « tête » peut engendrer une grande souffrance mais rend souvent encore plus forte ce sens de la mort et ce besoin du souvenir au-delà de la mort.

C’est souvent dans les hôpitaux une de leurs plus grandes souffrances : « qui se souviendra de moi après la mort ? qui rendra visite à ma tombe ? ». Elles vivent de manière très spéciale les notions de vie et de mort, à partir de ce besoin de communion qu’elles ont l’impression de ne pouvoir atteindre. Elles ont une soif des béatitudes qu’elles ne peuvent exprimer. Seule la présence effective, à partir de l’inventivité que donne l’amour, permet d’établir une communion qui n’est pas toujours directement discernable, mais que l’amour nous permet parfois d’entrevoir. On est alors émerveillé de découvrir l’espace d’un instant un coeur très pur d’enfant enfoui sous les symptômes du handicap.

D’une certaine manière, la vie théologale, cette vie du coeur, est le seul bien des personnes handicapées psychiques. Ce bien, elles ne peuvent pleinement en profiter qu’avec notre aide. Elles peuvent alors réellement rayonner et apporter une nouvelle vie à ceux qui l’accueillent. Il est essentiel de comprendre qu’elles ont elles aussi à donner et qu’elles ont besoin qu’on reconnaisse leur don pour ne pas être écrasées par leur souffrance. Lorsqu’elles sont accueillies ainsi avec amour, elles nous élèvent à leur niveau, celui de la vie théologale, de la communion, de l’amour, de la foi et l’espérance, nous introduisant dans l’esprit des béatitudes.



Xavier LE PICHON, Fondateur des Amis de la Cité de Dieu
Ouvrages: - « Aux racines del’homme » Ed. Presses de la Renaissance - « La mort » Ed. Desclée de Brouwer

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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais

Livre de Josué (1, 1.5b ; 6-9)

Après la mort de Moïse, serviteur de
Yahvé, Yahvé parla à Josué, fils de Nûn,
l’auxiliaire de Moïse, et lui dit (…):
« Je serai avec toi comme j’ai été avec
Moïse, je ne t’abandonnerai point ni ne
te délaisserai. (…)
Sois fort et tiens bon, car c’est toi
qui vas mettre ce peuple en possession
du pays que j’ai juré à ses pères de lui
donner.
Seulement, sois fort et tiens très
bon pour veiller à agir selon toute la
Loi
que mon serviteur Moïse t’a
prescrite.
Ne t’en écarte ni à droite ni à gauche,
afin de réussir dans toutes
tes démarches.
*Que le livre de cette Loi soit toujours sur
tes lèvres : médite le jour et nuit afin de
veiller à agir selon tout ce qui y est écrit.
C’est alors que tu seras heureux dans
tes entreprises et réussiras. Ne t'ai-je
pas donné cet ordre : sois fort et tiens
bon ! Sois sans crainte ni frayeur, car
Yahvé ton Dieu est avec toi dans toutes
tes démarches. »

 

« Qui sème dans les larmes
moissonne dans la joie »

du Psaume 125

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« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.

C'est ce que je vais m'efforcer de faire. »

de la Bse Zélie Martin (face à une appréhension)