L’homme n’est pas un héros, il n’est pas un robot, il est profondément fragile, et on ne s’humanise qu’avec ses pauvretés.

Un chemin de mort

Le chemin que le malade doit faire est dur. II faut qu’un jour il accepte ses pauvretés et même qu’il arrive à se réconcilier avec elles. C’est un chemin très dur, mais il n’y a pas d’autre chemin que le Christ sur la croix. C’est mystérieux. Je ne comprends rien, mais tout est là. De la mort peut jaillir la vie.

Si vous êtes là aujourd’hui, c’est que vous tenez bon, comme Marie au pied de la croix. Elle n‘est pas seule, il y a Jean et les deux femmes, une petite famille, une Église. L’Église est née au pied de la croix. C’est cela l'Église, cette communauté où vous pouvez vous exprimer, où vous pouvez pleurer, où vous pouvez enfin être vous-mêmes avec cette croix qui est trop lourde à porter. Je crois que ce que le Seigneur vous a donné, c’est cette profonde amitié, ce soutien mutuel.

Un chemin de vérité

Devant la souffrance, il y a un scandale, « ce sur quoi je trébuche ». Mais je crois qu’un jour peut-être, on passe de « Père, pourquoi m’as-tu abandonné ? » à « Père, je m’abandonne à Toi ». II n’y a pas d’autre chemin. C’est un chemin de vérité, même si l’on est complètement déstabilisé, même si l’on risque de craquer. C’est un dépouillement, un déchirement, une dépossession en même temps qu’une immense culpabilité, parce qu’on touche à ce qu’il y a de plus profond : la relation affective d’une mère à son fils, d’une soeur à son frère, d’un père à sa fille. Les malades psychiques disent que les autres ne peuvent imaginer leur souffrance. Ceux qui sont dans une dépression profonde vivent l’enfer. Rappelons nous la nuit profonde qu’a vécu Thérèse de Lisieux. On a souvent l’impression que le spirituel, la sainteté, est du coté de l’équilibre, quand tout va bien. Mais la sainteté n’est pas réservée aux bien portants. Les malades psychiques peuvent vivre eux aussi un chemin spirituel.

Un chemin de vie

Vous, parents, le plus beau témoignage que vous puissiez donner, c’est de vivre. Il est urgent que vous viviez pleinement. A côté de ceux qui ne peuvent plus croire en la vie, choisissez de vivre. Ne cédez pas au chantage affectif. Pour eux, choisissez de vivre, même quand la souffrance est trop forte.

Mais ne vous prenez pas pour Dieu. Si le fardeau est trop lourd, déposez-le auprès de la Vierge Marie, déposez- le auprès de Dieu en leur disant : « moi je n’en peux plus, Tu t’en occupes, moi, j’ai fait tout ce que j’ai pu… je ne sais pas si demain il sera encore vivant, mais c’est Ton affaire ». Ne vous prenez pas pour des héros, vous allez vous déshumaniser et toute la famille avec vous... Vous devez préserver la famille... c’est fondamental. « Choisis la vie ».

Là, nous touchons du doigt notre pauvreté, notre petitesse, notre fragilité, nous ne sommes pas des parents idéaux, ils n’existent pas. Réconciliez-vous avec votre faiblesse. Là est la croix. Dieu n’est pas un Dieu Tout-Puissant, c’est un Père dont la paternité est toute puissante dans l’amour infini. Vous êtes sur la croix, Vous êtes d’autres Christ. Mais ne portez pas seul cette croix.

Appuyez vous sur Marie; elle sait ce que c’est que de perdre son enfant, elle l’a vécu. De notre impuissance devant l’anorexie, le délire psychique, le chantage au suicide, peut jaillir la vie. C’est le mystère qu’il faut accueillir, mais sans rester seuls. Il faut pouvoir passer le relais, ne pas se laisser engloutir dans la souffrance de la personne malade. Sinon, il y aura deux noyés. La force que Dieu vous donne, c’est de tenir bon, malgré tout. Seul le Christ est descendu aux enfers, pour nous. C’est son affaire : « Seigneur, c’est aussi Ton affaire que d’autres prennent le relais ». Vous avez à choisir la vie.

Un chemin de résurrection

A travers vos visages, votre vie, I’oeuvre de la Résurrection est là parce que vous communiez vraiment à ce que le Christ a vécu, ce passage de la mort à la vie. C’est à travers vos blessures que peut jaillir la vie, cette vie qui vient de Dieu et qui donne du bonheur et même, malgré les souffrances, qui donne de la joie : on est capable d’être heureux, de se retrouver, on est capable de goûter un petit moment de présence, d’affection. Car eux aussi, vos proches malades, vous révèlent quelque chose de Jésus.