Présence de Relais Lumière Espérance à la rencontre de la Pastorale de la santé de Moulins

Notre groupe Relais Lumière Espérance de l’Allier a eu la joie de participer samedi 29 septembre 2018 à la rencontre diocésaine de la Pastorale de la santé à Moulins (Sœur Marie-Régis Arnaud responsable PPH représentant aussi notre groupe) ayant pour thème « Se faire proche de la personne souffrante à la manière du Christ » avec comme intervenant principal le Père Jean-Marie Onfray qui nous a parlé de « l’attention à l’autre » dans nos visites auprès des malades. Dans les divers ateliers organisés, il y en avait un nous concernant davantage, avec comme thème : « Visiter une personne en souffrance psychique » animé par le docteur Marc Phelippeau, médecin psychiatre à la retraite qui, même s’il concernait particulièrement le visiteur du patient, peut aussi intéresser toutes les familles qui visitent ou vivent avec leur proche en souffrance psychique.

 Dans un premier temps, il a permis à tous et à ceux qui connaissaient peu la souffrance psychique de mieux la comprendre en donnant quelques notions simples et claires sur les différents types d’affections psychiques et leurs divers symptômes.

Dans un deuxième temps, qu’il a souhaité plus long, il nous a donné des notions plus personnelles de la façon dont il a vécu les choses auprès de ses patients et qui peuvent nous aider.

Nous remercions chaleureusement le Docteur Phelippeau pour le document qu’il nous a laissé de ce deuxième temps, afin de le partager avec vous.

L’équipe RLE de Moulins

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Extrait de l’intervention du Dr Marc Phelippeau

(Médecin psychiatre dans le secteur public de Moulins (03) à la retraite.)

Je vais vous donner quelques éléments personnels qui pourront vous aider, je l’espère dans la belle fonction de visiteur(se) de patients. Ce sont quelques jalons qui ont accompagnés ma vie professionnelle :

1)

Pour commencer, une citation littéraire :

« Toute caresse, toute confiance se survivent » Paul Éluard

Ceux et celles que vous avez visité, que vous visitez, que vous visiterez en raison de leur souffrance psychique, avant d’être des patients sont des personnes.

Pati(ent) veut dire souffrir.

    Ce ne sont pas des psychotiques mais des personnes souffrant de psychose, ayant des troubles psychotiques (perspective personnelle que j’avais dans mon exercice professionnel et qui a été confortée depuis ma cessation d’activité lors de fréquentes rencontres informelles en ville).

Il ne s’agit pas de nier ou de minimiser l’être souffrant mais de mettre le trouble, la maladie à sa place.

2)

Tout patient quel que soit l’étendue des troubles psychiques a une part saine dans sa personnalité à découvrir et sur laquelle on peut s’appuyer dans la relation d’aide du visiteur comme dans la relation thérapeutique du professionnel de santé, d’où une facilitation de la communication et valorisation du sujet.

Exemples : partage d’un investissement ou art thérapie.

3)

Savoir que certaines manifestations ou expressions de troubles psychiques y compris des plus étranges ne sont pas des avatars de la folie mais des mécanismes de défense mis en place par le sujet contre des représentations et des affects insupportables.

Exemples : rituels obsessionnels, phobies sociales contre l’angoisse envahissante d’une névrose. Le délire contre l’ébranlement du monde intérieur dans la psychose. Les expressions ont une fonction à aborder mais non à saborder en thérapie, à entendre et non effacer en visite.

4)

Tout un chacun, le visiteur et le psychiatre, peut présenter un jour ou l’autre un trouble psychique, cf. ce qu’en disent Gérard de Nerval, Jules Romains etc…Ce qui nous conforte que les patients ne sont pas des mutants, des monstres au sens étymologique, chose incroyable, mais nos semblables.

5)

Ne pas porter de jugement moral en attribuant la maladie à la faute du malade, notamment dans les addictions.

Les affections psychiques sont plurifactorielles dans leurs causalités et leur attribuer un responsable inné ou acquis dévalorise ou culpabilise.

6)

Éviter les encouragements faciles pour ne pas dire factices genre autosuggestion, méthode Coué, prendre sur soi etc… 

7)

Respecter la complémentarité de rôles du visiteur et du thérapeute utilisant des moyens différents pour un même but.

8)

Tenir la bonne distance tant vis-à-vis de la personne, ni trop près pouvant être vécu comme intrusif, ni trop loin avec insatisfaction du besoin affectif, que des symptômes, ni trop près le confortant dans les croyances, ni trop loin vécu comme un déni.

9)

Se garder d’affects non contrôlés de « bons sentiments », excès de compassion d’allure plaintive confortant le sujet dans son malheur.

Mais parfois, introduire une petite note d’humour mais jamais d’ironie. Ne pas rire de, mais rire avec.

10)

Savoir que dans la relation d’aide du visiteur comme dans la relation thérapeutique, on s’adresse aussi, en plus du discours explicite, à l’inconscient du sujet en laissant la part aux associations libres et qu’il peut en bénéficier en dehors de toute apparence.

11)

« Le jour ouvre la main…

Trois nuages…

Et ce peu de paroles » O. Paz

Si une fois le patient n’arrive pas à parler, sans que cela apparaisse comme un refus délibéré, vous pouvez substituer l’attitude au langage : se rapprocher doucement, mettre votre main sur la sienne oula prendre en lui parlant du regard et en guettant son sourire pour le lui rendre (rapport analogique régi par l’hémisphère cérébral droit en place du rapport numérique de l’hémisphère gauche).

12)

Respecter, au lieu de craindre, la part d’ombre qui est en chacun de nous et corrélativement celle du patient, sans se désoler de ne pas être tout le temps au clair de nous-même et de l’autre.

« Ne rejetez pas la part d’ombre, de brouillard, de ténèbres que vous portez en vous. En la niant ou en voulant la maitriser de façon trop volontaire ou rigide vous ferez croître sa force. Vous assisterez un jour au retour violent sous forme d’acte compulsif ou de maladie de l’obscur et du refoulé. Accueillez tout ce qui est en vous et intégrez-le à votre conscience dans une véritable acceptation de ce qui est. Puis travaillez à vous transformer dans la confiance et dans l’amour. » Frédéric Lenoir (l’âme du monde)

Ainsi, vous et l’autre serez digne du titre donné par Julien Green à son roman : « Chaque homme dans sa nuit s’en va vers la lumière ».

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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais