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au Lycée de l’Assomption, 18 Boulevard Paul Painlevé, 35700 Rennes

 

 

8h30 : Accueil café

9h00 : Assemblée générale ordinaire

10h00 : Ouverture par Hubert Peigné, Président de Relais Lumière Espérance

Rapport moral et d'activité année 2018

Prière par Monseigneur Michel Guyard, Conseiller spirituel national.

Dernière prière de notre Conseiller Spirituel National

10h15 : Table ronde avec Mgr Pierre d’Ornellas et le Dr Bernard Dubois, modérée par Philippe de Lachapelle, directeur de l’OCH.

Introduction de Philippe de Lachapelle : Evêque accompagnateur de l’Arche International (ce qui est une autre manière d’être Arche-évêque), il vient de publier un livre, Bioéthique, quelle société voulons-nous pour aujourd’hui et demain, et un livre sur la petite Thérèse. La fragilité et la vulnérabilité, à Relais, on connait bien. On peut parfois avoir le sentiment que notre proche malade a été oublié par Dieu. Père, aidez-nous à découvrir en quoi ils sont riches d’espérance et de confiance. « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils de l’homme pour que tu en prennes souci ? »

"Qu'est ce que l'homme, pour que tu penses à lui?" par Mgr Pierre d'Ornellas

Je suis heureux de vous accueillir dans le diocèse de Rennes qui m’accueille depuis 12 ans. L’évêque n’est que serviteur d’une réalité qui le dépasse. Je ne suis là que pour faire l’écho de personnes qui m’ont enrichi et fait découvrir quelque chose de l’énigme eu cœur de notre société, notre monde, notre vie. Au cœur de cette énigme, on touche quelque chose de ce qui est profond, vrai.

Je cite 2 personnes qui m’ont transformé. Nathalie, autiste profonde, ne parle pas. Lors d’un dîner dans sa famille, il y avait à table un garçon et une fille mais Nathalie n’était pas à table. Elle est au fond de la pièce, accroupie dans un angle et son regard est figé sur moi, impossible de l’oublier – je ne l’ai jamais oublié. C’est un regard qui me demande : « comment me regardes-tu, me considères-tu ? Est-ce que tu vas revenir ? Quelle importance ai-je pour toi ? » Dix fois elle a jeté la nappe parterre, ce qui voulait dire : « et moi ? »

Et puis il y a Roland, rencontré quand j’étais étudiant en colocation. Il était en général sur un banc et je le voyais régulièrement en passant par là en vélo : beau, en costume et cravate. Il me disait bonjour. Un jour, on sonne à la porte et il est là, sans un mot. Pas bonjour ; debout, il me regarde et je suis surpris. De la main, il tape sur la porte. Je ne savais que dire ; il continuait à taper, sans me quitter des yeux. Il est devenu un ami et venait parfois prendre un café…

Ces deux regards –celui de Roland (40-45 ans) et de Nathalie (16 ans) – ont été comme une porte ouverte, à un point qui m’inspire l’icône de la miséricorde qui est là.

Misericorde

Je peux faire des théories sur la miséricorde dans la Bible. C’est un mot toujours mal traduit dans l’évangile : « pris de pitié »… Littéralement, c’est « bouleversé de compassion ». Ce regard de Roland qui frappe à la porte encore et encore (cf. L’Apocalypse : « voici que je me tiens à la porte et que je frappe »). Est-ce que mon cœur est capable de recevoir, de se laisser blesser par la blessure de l’autre, toucher au point d’être blessé : ça, c’est la miséricorde. Non pas un cœur qui sait, qui a besoin de savoir, de diagnostic.

J’appelle les adultes qui demandent le baptême et leur demande un mot qui résume leur demande : paix, amitié, miséricorde… Alors je demande ce que ça signifie. C’est le cœur recevant nos misères et se laisse blesser par nos misères. C’est cela, Dieu. Il a un cœur qui se laisse blesser par nos misères. Il n’est pas celui qui sait, qui surplombe par son savoir. Il nous donne la loi comme un chemin de miséricorde, chemin qu’il fait avec nous. Comment ? À chaque fois que nous dérapons de ce chemin, il se laisse blesser par nos dérapages et nous y rejoint pour nous montrer le chemin. Cf. Isaïe sur les blessures du serviteur souffrant. Cf. Jésus qui se laisse toucher par le lépreux. C’est comme un transfert : quand Dieu se laisse blesser par nos blessures, il nous montre son innocence, une innocence qui se laisse toucher par notre vulnérabilité.

Les blessures sont multiformes ; c’est aussi la vulnérabilité de ne pas comprendre l’autre, ce qu’il vit, de ne pas savoir répondre, de se sentir inapte à répondre, impuissant (on se réfugie alors dans le savoir médical). Une autre forme de vulnérabilité est de se sentir coupable de ne pas répondre, de mettre notre enfant en institution. Notre Dieu se laisse saisir par ces formes de vulnérabilité. J’ai entendu tellement de parents demander pourquoi. Pour quoi : l’évêque n’a pas de réponse. Se laisser blesser ne veut pas dire qu’on comprend. Il y a alors une communion dans cette culpabilité, voire dans cette honte.

Quelque chose est très précieux dans notre foi : Dieu n’est pas celui qui va prétendre comprendre, savoir faire, supprimer la culpabilité. Et en même temps, la maman de Nathalie me disait un jour : « Tu sais, Pierre, beaucoup de psy sont venus à la maison. Il n’y a qu’une seule personne qui connait ma fille, c’est moi. » Personne ne peut remplacer une personne, pas même la maman, pas même Dieu. Elle a son histoire avec sa blessure. C’est à elle de la vivre.

Mais cette blessure n’est pas faite pour garder pour soi, s’isoler, rester inconsolable. Elle est faite pour être partagée, pas pour être rejetée. Elle n’est pas étrangère à la vie. Elle appartient à une personne, à son histoire, aux personnes de sa famille. Elle est faite pour être partagée par l’amitié. Jésus se présente comme un ami qui reçoit notre blessure. Cette blessure s’exprime par un cri. Elle doit s’exprimer par un cri. « Jésus a présenté sa prière avec un grand cri et des larmes ». Dans une assemblée, une femme s’est mise à crier sa blessure, cri qui a jeté un silence. J’ai dit : « O Madame, comme vous avez raison de crier. » C’est une blessure qui oblige à changer son regard : « pourquoi pleures-tu ? Qu’est-ce qui ne va pas ? » disent les mamans à leur bébé qui pleure en scrutant leur regard. Comment ce cri renouvelle-t-il le regard pour découvrir qu’il y a là une personne, aimée de Dieu, là dans sa beauté ? Il n’est pas facile de voir la beauté, qui est pourtant bien là si nous savons renouveler notre regard. Renouveler son regard est une épreuve.

Le Christ vient. Si Dieu a envoyé son Fils, ce n’est pas pour les bien-portants. Le Christ vient là où nous sommes blessés. Il n’est pas à côté de la blessure. Il vient dans le tsunami du diagnostic qui nous submerge. Il nous dit avec une infinie douceur « viens avec moi ; suis-moi. Je suis là dans le tsunami, pas à côté ». Il est là dans la vulnérabilité, pas pour supprimer le cri, notre incompréhension, notre impuissance. Mais il va transformer quelque chose. De la culpabilité, l’isolement, la honte, il va faire émerger une liberté, ouvrir un horizon, celui d’être soi-même libre, vivant et non écrasé.

Il nous donne quelque chose de sa Résurrection, alors même que nous ne savons pas répondre, qu’on se demande pourquoi, qu’on se sent coupable. Jésus nous donne de vivre.

J’ajoute un point très important pour moi, en m’appuyant sur une citation du pape François. Cette Résurrection que Jésus nous procure, c’est un amour qui reprend les rênes devant la fatalité, qui n’est plus esclave d’un tsunami, de la sidération. Un amour qui renait dans sa capacité d’aimer, qui s’exprime dans un « petit pas ». Il y a un discernement possible. L’amour voit clair.

« Le discernement, écrit François, doit aider à trouver les chemins possibles de réponse à Dieu et de croissance au milieu des limitations. En croyant que tout est blanc ou noir, nous fermons parfois le chemin de la grâce et de la croissance, et nous décourageons des cheminements de sanctifications qui rendent gloire à Dieu. Rappelons-nous qu’ « petit pas » au milieu de grandes limites humaines est plus apprécié de Dieu que la vie extérieurement correcte de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter d’importantes difficultés. » (Pape François, La joie de l'amour, 305)

C’est ça l’Eglise : ce petit pas dû à l’amour, grâce au partage, à la fraternité…. Ce ne sont pas les grandes actions, ne nous laissons pas tromper. La beauté de l’Eglise, ce sont ces multiples petits pas accomplis dans l’amour. C’est ça qui est le plus apprécié de Dieu dans l’Eglise, qui fait que l’Eglise va bien, à travers tous les manques exposés aujourd’hui.

Thérèse de Lisieux dit que le plus petit acte d’amour est plus utile à l’Eglise que toutes les grandes œuvres réunies. Merci d’être aujourd’hui au cœur de l’Eglise.

Temps de réponses aux questions posées

Q : une souffrance particulière est celle d’un amour qui n’est pas reçu, quand mon proche ne se laisse pas aimer, qu’il refuse tout ce qui vient de moi.

R : C’est infiniment douloureux. Comment aimer quelqu’un qui ne m’aime pas ? C’est ça le petit pas, la certitude qu’ « un jour, ton cœur s’ouvrira mon amour ». C’est la certitude. Il est aimé de Dieu : « Jésus, je sais que tu es son frère ».

Q : Pour prendre soin de la personne blessée, est-ce nécessaire de savoir son diagnostic ?

R : La justesse des mots permet de mieux se situer. Il faut savoir préciser de quoi on parle, si c’est une origine mentale ou psychique. Un généticien me disait « mon rôle principal est de dire des mots justes à des parents ». Mais l’amour précède la compétence.

Q : Comment cela se traduit dans l’Eglise ?

R : Relais est un mouvement d’Eglise et une belle expression de la vie en Eglise. Tant qu’un clerc (même un évêque) n’a pas fait l’expérience de se laisser blesser par la blessure de l’autre qui la lui dit d’une façon qu’il ne comprend pas et dont il ne sait pas que faire, on est dans l’ordre du faire, de la rentabilité, de l’efficacité. Tant qu’on n’a pas compris que c’est l’être qui compte… Soyez des témoins auprès de ces clercs. Amenez-les à s’interroger. Si vous lisez l’évangile de St Marc, Jésus n’est jamais compris : les apôtres ne croient pas Marie-Madeleine, les témoins d’Emmaüs n’ont pas compris, les apôtres ne croient pas. Jésus vient à eux et leur reproche leur incrédulité. Vous êtes les témoins de Jésus qui na pas été compris, ne vous en étonnez pas. Dites-vous « un jour, il comprendra ». ce n’est pas en se jugeant qu’on fait des progrès. C’est en témoignant. Vous pouvez témoigner auprès des membres de l’Eglise.

Q : Quel est le lien entre la maladie psychique et la possession par Satan ?

R : Il y a un lien entre Satan et le péché. La maladie psychique n’est pas un péché. J’ai parlé de l’innocence de Dieu. C’est l’innocence qui est blessée. L’injustice est partout présente dans la Bible. Dans certains psaumes, on a honte de ses péchés, mais dans d’autres, c’est le cri de l’innocent. Quand des parents parlent du péché de leur proche malade, écoutez ce qui a besoin d’être dit. Si vous ne jugez pas, ils comprendront un jour que l’amour dépasse le jugement.

Chez Nathalie, toute la famille participait à se passer des pavés à mettre dans la cour, dans une ambiance festive où Nathalie restait à part. La maman disait souvent « Quel péché ai-je fait pour avoir cet enfant ? » Lui dire non n’aurait pas enlever ce sentiment. Nathalie est venue entrer dans la danse et j’ai dit au dîner « Ta Nathalie est géniale. Qu’est-ce qu’elle danse bien ! » Quelques semaines plus tard, la maman m’a dit que ça l’avait percutée. « Je ne me demanderai plus pourquoi j’ai péché ». J’ai vu la joie de Nathalie et je l’ai trouvée belle. On a tous un petit registre de culpabilité qui nous empêche de voir l’innocence. C’est peut-être ça le renouvellement du regard.

A nous de ne pas voir Satan mais de voir l’innocence, ce que veut dire l’innocence, la pureté d’une personne, belle aux yeux de Dieu avec son histoire unique. Elle est différente, c’est sûr, avec une expérience différente, mais elle a une innocence comme moi. Peut-être qu’elle peut pécher, comme moi. Je ne suis pas innocent parce que j’arrive à tout bien faire : l’innocence est quelque chose que je dois recevoir, tout comme l’éclat de l’innocence dans l’être humain qui est à côté de moi.

"Le christ vient où est la blessure" par le Dr Bernard Dubois

Quelques notes extraites de son intervention, à écouter dans son intégralité sur le site de Relais

Je vois combien vous êtes un signe de contradiction dans notre société, vous les familles avec un enfant handicapé mental ou en souffrance psychique ainsi que les personnes âgées vieillissantes. Notre société peut être fière de ce qu’elle fait, mais quand elle devient fière d’elle-même, elle a besoin de se confronter à la fragilité, la déficience, la blessure du cœur handicapé. Ce mystère de la défiguration, notre société ne veut pas l'entendre en supprimant les enfants trisomiques dont elle ne sait pas quoi faire.

Le même problème se pose dans notre cœur : ce qui est blessé, nous n’arrivons pas à l’accepter, confronté à un membre de notre famille blessé dans son intelligence ou dans son corps. « Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui, le fils de l’homme pour que tu en prennes souci ? »

Dieu pense à moi et a souci de moi. Pourquoi ? Mon cœur peut se poser là, sachant que tu as souci de moi, que tu te tracasses pour moi. Tu pensais à moi avant que j’existe. J’existe pour que tu penses à moi. Je viens du néant et voilà que je suis. Comment cela s’est-il fait ?Tu penses à moi. Tu m’aimes et c’est pour ça que je suis là aujourd’hui.

Notre dieu nous dit de venir à Lui « car je suis doux et humble de cœur ». La réponse est là : le repos de notre âme est de contempler l’humilité de Dieu. Repos pour nos âmes fatiguées, lassées du mal extérieur qui est aussi dans notre cœur. Le repos en Jésus, saint, pur du péché. Il a pris sur lui ce péché parce qu’il m’aime. Il a souci de moi.

Isaïe : « Les foules ont été horrifiées… son aspect n’était plus celui d’un fils d’Adam ». Paul : « Il s’est anéanti… » L’angoisse du néant, de la poussière, de l’humiliation nous pose problème, mais ça ne pose pas de problème à !dieu : descente hallucinante de Jésus qui s’anéantit pour me donner rendez-vous dans la poussière. Il s’y roule avec moi pour que je saisisse bien que je n’y suis pas seul. Il est à ce point défiguré qu’on en est tous horrifiés : « qu’est-ce que l’homme… ? » « Je t’aime » nous répond Dieu. Notre repos est là : regarder l’humilité de Dieu, la contempler. Viens te reposer là…

Parler du néant mais aussi de l’image divine imprimée en nous. Je sais que cette image est présente parce que je suis habité de grands désirs : désir toujours plus grand de recevoir et de donner de l’amour, du bonheur. Pourquoi avons-nous une telle aspiration à la liberté, l’amour, le bonheur ? Pourquoi ces formes d’esclavages en moi ? Mon cœur a une liberté réelle car il est capable d’être image de Dieu dans sa liberté, son amour, son bonheur.

Il ne m’aime pas parce que je suis poussière, néant, mais parce que mon être a une valeur infinie. Jésus voit le Père en moi. Le Père voit son Fils en moi. Le sceau divin est en chacun de nous « Faisons l’homme à notre image. » L’homme vient du néant et va se reconfronter au néant dans la mort. Dieu traverse ce parcours avec moi que cela angoisse. Ce sceau est difficile à voir. Devant l’ostensoir, je vois de la farine. Mais si je pose un autre regard, qui voit sans voir, derrière, dans, par le pain. Je vois Jésus caché qui bouleverse Thérèse de l’Enfant Jésus, qui se cache parce qu’il est humble, qu’il ne s’impose pas mais qu’il est là.

Si je suis créé à l’image de Dieu, que je suis sa signature, c’est que je suis temple de l’amour, de la manifestation de l’amour auprès de ceux que je rencontre. Nous sommes des ostensoirs. On n’y voit pas Dieu, mais dans cet ostensoir, il y a quelqu’un. Il faut le regard e la foi pour le voir. Je vois mon frère défiguré qui me heurte. O regard de foi qui espère, qui fait confiance en celui qui pense à moi, a soi de moi, m’aime, m’apprend à entrer dans cette qualité de regard qu’il a sur moi.

J’ai besoin de te chercher Seigneur, parce que tu te caches. Le repos de notre cœur est dans l’humilité de Dieu.

Question à Bernard, d’un conjoint de malade psychique  qui dit être agnostique : « Si je prie pour lui, est-ce que je vais contre sa volonté ?

R : J’ai toujours la liberté de prier. Il n’est pas nécessaire de lui parler de Dieu, mais dans le silence de mon cœur, j’intercède pour lui : ma prière sera puissante. Dieu agira en son temps qui n’est pas le mien. Un jour, le Seigneur le rejoindra.

Q : « Dieu se soucie de moi ». Ce n’est pas toujours recevable. Job dit « J’aurais préféré ne pas exister ».

R : Job va rencontrer Dieu ainsi. Je n’ai pas choisi de vivre, d’être là. Ce cri, Dieu l’écoute, le reçoit. C’est le cri de notre détresse. Dieu vient vivre ce cri avec nous. J’ose penser que Jésus aurait préféré ne pas vivre ce qu’il a vécu. Il va dire oui. Son moteur est l’amour qu’il a pour son père, et surtout pour nous. Il nous rejoint dans notre cri qu’il accueille. Dans la rencontre avec lui, je trouve repos. Tant que je n’ai pas vécu cette rencontre, je continue à crier. A la fin, Job loue Dieu « Tu étais là et je ne le savais pas. »

Q : Comment aider notre enfant qui refuse notre aide et notre amour ?

R : C’est difficile et crucifiant, insupportable de recevoir la violence de son propre enfant. J’y ai vu l’image de Jésus flagellé. Comme l’amour le plus beau qui est rejeté. J’ai compris que Jésus me rejoint dans cette violence du refus de mon enfant. L’enfant ne va pas me repousser : il crie « je t’aime », n’arrive pas à le dire et dit le contraire. Il ne sait pas expliquer tout ça. Ça le bouleverse de dire ce rejet. C’est un comportement réactif psychique, parce qu’il est habité par une angoisse insupportable, une angoisse de dissociation (avoir deux êtres incompatibles en soi). C’est un geste de destruction violente. C’est comportemental. Ce n’est pas une décision du cœur. Ce qu’il fait, ce n’est pas ce qu’il veut faire.

Q : Certains clercs disent que les familles sont responsables de la maladie psychique…

R : Je n’ai pas de réponse. Cette incompréhension et maladresse se rajoutent à ma souffrance. On peut se dire « Moi aussi, je suis malade. Je veux consoler et je dis des mots qui blessent. » Excuser, comprendre, pardonner : quand nous avons la plus grande douleur, nous avons la meilleure place : comme c’est difficile pour nos amis de savoir quoi faire, quoi dire…

Q : Ne faudrait-il pas une formation des prêtres à la maladie psychique ?

R : Sûrement. Il faut saisir que derrière le rejet, ce n’est pas ça qu’il veut dire, comprendre le langage symbolique. Pensez à Roland, à son regard, quand il frappe à la porte, écouter ce que ça veut dire derrière l’apparence. J’ai connu une petite fille sous tente d’oxygène, qui demande à l’infirmière « que se passera-t-il si quelqu’un fume ? » L’infirmière lui répond que personne ne fume, de ne pas s’inquiéter, puis demande à une surveillante si elle a eu la bonne réponse. Alors la surveillante s’est approchée de la petite fille, a passé ses deux mains sous son corps, l’a prise contre son cœur et elles ont parlé de sa maladie, de sa vie, de sa mort. Elle est morte 8 jours plus tard. Regarder ce qui est dit symboliquement et comprendre par le cœur.

Q : La petite Thérèse, qu’est-ce qu’elle nous dit ?

R : C’est tout un enseignement. Dieu nous donne rendez-vous dans notre poussière, notre croix. C’est là où je vis ce que je ne veux pas vivre, là où je suis confronté au néant, où toute vanité est crucifiée, c’est là que Dieu est dans mon cœur : quand je souffre, je ressens une paix, une joie qui sont les fruits de la croix. Thérèse nous enseigne d’apprendre à descendre dans la vallée fertile de l’humilité, dans le consentement à ce que je ne veux pas, parce qu’il est là. C’est un consentement dans les petites choses où nous découvrons que Dieu est là. Saint Louis Martin est le premier malade psychique canonisé. Il a perdu la tête et avait un comportement d’enfant. Il a vu venir cela, l’a pressenti et s’est offert au Seigneur. Il disait « C’est l’épreuve la plus difficile qu’un homme puisse vivre, être blessé dans son intelligence. »

Cliquer pour voir l'Intervention du Dr Bernard Dubois

12h00 : Eucharistie concélébrée par Monseigneur Michel Guyard 

et Monseigneur Armand Maillard nouveau Conseiller Spirituel National de Relais DSC 5337

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Partition du chant "Faites tout ce qu'il vous dira Laetare"DSC 5356

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Réflexions de Jean-Michel AUDUREAU diacre, conseiller spirituel du Groupe Relais de Rennes :

Le samedi 30 mars, rassemblé au Collège-Lycée de l’Assomption, le mouvement Relais Lumière Espérance (mouvement chrétien des familles et proches de malades psychiques), organisait sa rencontre nationale annuelle.

                Autour du thème (tiré du psaume 8 qui s’émerveille de la capacité de Dieu à se laisser toucher par l’homme pourtant si fragile, souvent blessé, et imparfait dans sa capacité d’être en relation et d’aimer), les interventions de Mgr Pierre d’Ornellas et de M. Bernard Dubois (Cté des Béatitudes) ont aidé les participants à approfondir cette grâce inconditionnelle de la Miséricorde offerte à chacun, dans la réalité de son chemin de vie, pour difficile qu’il soit.

                Ainsi, notre archevêque nous rappelait, à l’appui de son témoignage personnel, que « Jésus est bouleversé de miséricorde quand notre regard se tourne vers Lui ». Un regard qui « frappe à la porte du cœur » (de l’autre-accompagnant-aimant, et de Dieu). « La miséricorde, c’est le cœur qui, recevant nos misères, se laisse blesser par elles ». Et de s’interroger avec nous : « Mon cœur est-il capable de recevoir, c’est-à-dire d’accepter d’être blessé de la blessure de l’autre ? ». Sur ce chemin de la Miséricorde, le Seigneur « nous rejoint, même dans nos dérapages, pour que nous puissions marcher avec Lui. Alors, il nous transmet son innocence ». « Vulnérabilité de ne pas comprendre, de ne pas savoir répondre, de se sentir inapte, impuissant… Vulnérabilité de la culpabilité ressentie… Dieu se laisse saisir par toutes ces formes de vulnérabilité ». Il nous donne des frères pour que cette blessure, cette histoire personnelle puisse être partagée. Ainsi se développe la spiritualité du mouvement : « Ne pas rejeter la blessure » de la maladie psychique qui touche nos proches et nos familles, « mais l’accueillir dans l’amitié, celle de Jésus, de Dieu et des hommes ». Ce sont de petits pas, certes, et combien difficiles, souvent ! Alors, nous sommes invités à méditer la parole du Pape François dans Amoris Laetitia (n°305) : « Rappelons-nous qu’un petit pas, au milieu des grandes limites humaines, est plus apprécié de Dieu que la vie de celui qui passe ses jours sans avoir à affronter de grandes difficultés ». Et Mgr d’Ornellas de conclure : « Au cœur de l’Eglise, cette vérité la fait vivre. C’est sa beauté, ces multiples petits pas accomplis dans l’amour ».

                Bernard Dubois, à son tour, a rappelé cette relation vivifiante à Dieu-Miséricorde qui nous permet d’avancer et de grandir, malgré nos misères : « Dieu a imprimé son image en chaque être humain, si défiguré soit-il ! Pour preuve, le grand désir d’aimer et d’être aimé inscrit en chacun de nous ». « Il y a le sceau divin en chaque être humain ». Ainsi, il nous faut « voir Jésus caché, car Il est humble et ne s’impose pas ». « Il s’agît d’un regard de foi en Celui qui pense à moi, qui a souci de moi, qui m’aime… HUMBLEMENT ! »

                Selon les habitudes de Relais, des temps de partage et de convivialité ont permis aux membres de s’approprier, par l’échange fraternel, la parole reçue. L’eucharistie célébrée par Mgr Michel Guyard (conseiller spirituel national sortant) et Mgr Armand Maillard (nouveau conseiller spirituel national) a rassemblé intentions et actions de grâce, en union avec toutes les familles touchées par la maladie psychique.

Jean-Michel Audureau, diacre, conseiller spirituel du groupe de Rennes

Psaume 8

02 Ô Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre ! Jusqu'aux cieux, ta splendeur est chantée

03 par la bouche des enfants, des tout-petits : rempart que tu opposes à l'adversaire, où l'ennemi se brise en sa révolte.

04 A voir ton ciel, ouvrage de tes doigts, la lune et les étoiles que tu fixas,

05 qu'est-ce que l'homme pour que tu penses à lui, le fils d'un homme, que tu en prennes souci ?

06 Tu l'as voulu un peu moindre qu'un dieu, le couronnant de gloire et d'honneur ;

07 tu l'établis sur les oeuvres de tes mains, tu mets toute chose à ses pieds :

08 les troupeaux de boeufs et de brebis, et même les bêtes sauvages,

09 les oiseaux du ciel et les poissons de la mer, tout ce qui va son chemin dans les eaux.

10 R/ O Seigneur, notre Dieu, qu'il est grand ton nom par toute la terre !

13h00 : Déjeuner, pris au restaurant de l’Assomption.

14h30 : Participation à un atelier sur les quatre proposés, animés respectivement par :

Monseigneur Michel Guyard : Répandre et partager l’espérance.


  L’Homme est vulnérable, blessé mais pleinement homme. Chacun est invité avec sa famille et ses proches à une espérance inébranlable dans le Seigneur.


• Bernard Dubois (Communauté des Béatitudes) : Trouver notre liberté intérieure.


  La vérité nous rend libres : que nous propose l'anthropologie chrétienne sur l'homme?
  Approfondissement de la Table Ronde du matin.


• Annie Bougy : Élaborer une protection juridique des majeurs adaptée.


Mariée, mère de famille, juriste de formation, Annie Bougy est actuellement mandataire judiciaire auprès de majeurs protégés. Elle abordera le suivi et l'accompagnement de ces personnes dans le cadre juridique de mesures de    curatelle ou de tutelle. Cela inclut la gestion de leurs ressources, de leur patrimoine et de leurs biens ainsi que les éventuelles successions les concernant. Annie Bougy a été Déléguée Diocésaine à la Pastorale de la Santé dans le diocèse de Bayeux-Lisieux puis ces trois dernières années dans celui de Rennes, Dol et Saint-Malo.


• Jean-Michel Audureau : Accueil et partage entre conjoints de personnes malades psychiques.

Diacre permanent du diocèse de Rennes, Dol et Saint-Malo depuis 1994, sa mission actuelle est celle d'adjoint à la Pastorale de la Santé et membre de l'équipe des exorcistes du diocèse. Père de cinq enfants, il a notamment   exercé pendant 18 ans la fonction de direction du collège de l'ensemble Collège-Lycée de l'Assomption à Rennes. Conseiller spirituel du groupe Relais de Rennes depuis sa création en 2005, il est particulièrement attentif à ce que  vivent les personnes du mouvement dont le conjoint souffre de troubles psychiques, situation qu'il a lui-même vécue.
Handicapé pendant de nombreuses années, Jean-Michel a reçu la grâce d'une guérison lors de notre pèlerinage à Lourdes en mai 2017 dont il participait à l'animation spirituelle.

16h 00 : Conclusion.

16h15 : Pot de l’amitié.


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Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.

Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.

Extrait de la Prière de Relais