Mon mari souffre de séquelles d’un
traumatisme crânien, dues à un
accident arrivé lorsqu’il était
bébé...
Nous nous connaissons depuis 26
ans. Ce qui m’a séduit, chez lui, lorsque
je l’ai rencontré, c’est entre autre, son
caractère doux, patient, sa disponibilité,
son sens de l’écoute. Nous avons
commencé ensemble une vie ouverte sur
les autres, conviviale...
Mon fils de 3 ans, né d’une précédente
union, l’a rapidement adopté. Je
ne l’ai jamais vu, à cette époque, s’emporter,
se mettre en colère. Il avait plutôt
une approche calme, paisible, pondérée,
il était heureux de fonder une
famille et dans la joie nous avons attendu
la naissance de notre second enfant.
C’est peu de temps après que je
me suis aperçue d’un léger changement
chez mon mari. Jusqu’au jour où après
une longue journée de travail et une
route difficile, il a eu une première crise
d’épilepsie.
A commencé alors un long chemin.
Traitements de plus en plus lourds, malaises
de plus en plus nombreux, aucun
médicament efficace. Puis sont apparus
les troubles de l’humeur, du comportement,
son caractère s’est modifié.
Les années passaient, rythmées par les
visites tous les six mois chez le neurologue.
A chaque fois nous partions confiants,
le discours des médecins nous
réconfortait.
Mais les malaises devenant trop fréquents,
il a été nécessaire de demander
à mon mari de ne plus conduire, décision
difficile à prendre. Nous avons décidé
de changer de région, de travail
pour lui, en espérant un meilleur équilibre
de vie. Il retrouvait en région parisienne
ses repères, et il lui était plus
facile de se passer de conduite automobile.
Un troisième enfant est venu compléter
notre famille. J’ai arrêté de travailler
pour m’occuper d’eux. Je pensais que restant à la maison, mon mari
se sentirait valorisé et retrouverait sa
place, au sein de la famille.
Des difficultés nouvelles apparaissent
Après quelques années calmes,
l’aîné des enfants devenant adolescent,
les relations entre mon mari et nos enfants
sont devenues difficiles. Il s’emportait
sans raison. Il avait besoin de
faire monter la pression. On ne comprenait
pas pourquoi ces colères. Elles
pouvaient aller jusqu’à la violence physique.
Problèmes financiers, conflits avec
les voisins, les amis. Notre vie sociale
a diminué, pour disparaître. Je ne reconnaissais
plus mon mari. Le suivi par
un psychiatre psychothérapeute nous
a été conseillé.
L'aide pour traverser cette période
Ce suivi par un médecin femme,
nous a beaucoup aidé. Elle avait accepté,
de me recevoir, de m’écouter et
de m’aider quand je n’arrivais plus à
gérer seule les troubles de comportement
de mon mari. Après un entretien
à trois, il ressortait apaisé. Son rôle a
été primordial pour notre famille. Etre
enfant et conjoint de traumatisé crânien
n’est pas facile. Il faut un savoir
faire et une énergie qui n’est pas innée.
Il ne suffit pas seulement de beaucoup
d’amour ou d’abnégation, il faut
aussi acquérir une connaissance, car on
ne s’improvise pas « spécialiste » dans
un domaine aussi complexe.
Il est indispensable que la famille
soit soutenue, accompagnée. D’autant
plus que l’équilibre de cette cellule familiale
est nécessaire à une personne
fragile ; il faut être capable de l’aider
dans la durée. Seuls les efforts conjugués
de la personne malade et de ses proches, de l’équipe soignante, peuvent
donner les meilleurs résultats. Il est indispensable
d’établir un réseau d’entraide,
ne pas oublier qu’on a des limites,
ses propres besoins, ainsi que les
autres membres de la famille.
Mais cette femme médecin si précieuse
est morte brutalement et mon
mari en a été déséquilibré.
Ce qui a été difficile au moment où les enfants deviennent adolescents
Notre second fils est devenu la
« tête de turc » de son père. C’est sur
lui que mon mari focalisait son agressivité.
Ce fils de 16 ans, maigrissait, ne
dormait plus, fuyait la maison. Nous
étions épuisés et n’arrivions pas à trouver
autour de nous l’aide qui nous était
devenue indispensable. Que faire, estce
que je fais bien ? Quelle solution ?
Faut-il protéger mon mari au risque de
rendre malade nos enfants ? Heureusement
l’espérance ne m’a jamais quitté.
J’ai essayé d’aider et épauler mon
conjoint. J’ai tenté de le comprendre,
d’être patiente, de trouver des solutions
là où il n’y en avait pas, quitte à les
inventer. J’ai appris à vivre avec la peur,
le risque de découvrir de nouvelles difficultés
jour après jour. Combien de
temps peut durer cette vie avant que
tout s’écroule ? Avec les mots qui blessent,
les amis qui fuient, la famille de
mon mari qui ne supporte pas sa maladie
et se replie dans la sécurité.
La difficile gestion des problèmes
financiers m’a poussée à reprendre une
activité salariée. Quelques tensions se
sont apaisées.
Il fallait permettre, malgré tout,
aux enfants de s’épanouir, de grandir,
les protéger. Leur permettre de garder
affection pour leur père. Accepter
leur révolte, leur donner du temps pour
l’exprimer, les aider à se construire.
J’ai privilégié les moments seul à
seul, loin des tensions de la maison. En
tête à tête avec eux, j’étais pleinement
détendue. J’ai favorisé toutes les occasions
qui leur permettaient de garder
une image épanouissante de la vie familiale,
en créant des moments heureux
en famille. Se retrouver, au calme, tranquille,
sans stress et tension, aidait à
profiter pleinement de ces instants.
L’adolescence ne s’est pas trop mal
passée. Malheureusement, il y eut un moment où les conflits sont devenus
ingérables. Ces tensions trop fréquentes
épuisent. Je suis tombée malade
moi-même, je souffre depuis d’une maladie
chronique du sang.
L’Espérance qui m’a soutenue :
Derrière l’espérance, il y a une force.
Quand je suis seule et découragée avec
un fardeau trop lourd à porter, une sensation
de main de femme posée sur
l’épaule, qui soutient, qui comprend,
qui a confiance. A cette femme, je pourrais
donner le nom de Marie, qui a vécu
la mort de son fils en gardant la foi en
sa résurrection. Une foi qui ne l’a jamais
quittée. Avec elle je ne me sens
jamais seule, j’ai confiance.
Ne jamais perdre l’espérance, continuer
à avancer, sans se révolter contre
la vie, en sachant voir les petits
bonheurs qui arrivent, ne pas s’arrêter
sur les moments difficiles. Faire face
et continuer à espérer. Vivre avec…
Et la force que m'a donnée mon enfance auprès de mon frère handicapé physique
Etre née dans une famille nombreuse,
ça aide. Et quand dans cette
famille il y a un enfant handicapé, la
fratrie a une approche différente de la
vie. Une force, que notre frère handicapé
nous a transmise, une envie de
vivre et d’être heureux.
Travailler m’a aussi aidé à tenir.
Pouvoir fermer la porte aux soucis de
la maison, pouvoir être soi-même,
s’épanouir dans une activité, continuer
à rire, permet de pouvoir revenir l’esprit
lavé des tensions de la veille et
avec un état d’esprit neuf. Savoir sourire,
regarder le soleil, la neige, écouter
la musique en voiture, enfin toute
chose qui peut vous rendre heureux.
Je travaille dans un milieu chrétien.
Ils m’ont soutenu par leur prière. J’ai
compris au milieu d’eux la force de l’espérance
et de l’amour de son prochain.
Vivre dans la joie, être en paix.
Garder un visage heureux et souriant,
permets à toute la famille de
garder l’espoir. J’ai senti combien mon
mari y était sensible, lui qui a maintenant
tellement de mal à montrer son
affection.
Les amis : certains se sont éloignés.
Un noyau solide est resté. Des
amis qui savent écouter quand il faut,
c’est-à-dire vous entendre sans donner
de conseil. Des amis qui savent apaiser,
vous redonner le sourire et vous
entourer d’affection. Peu d’amis mais
solides.
Pour continuer à aimer mon mari, nous nous sommes séparés
Les conflits devenus trop fréquents,
la tension montant, nous étions pris
dans une spirale de violence. Le médecin
qui acceptait de nous recevoir tous
les deux était décédée. Nous n’avions
trouvé personne qui accepte de suivre
la famille. La solution proposée par les
médecins : nous séparer des enfants. A
qui les confier ? Et où ? Les démolir
un peu plus ? Pourquoi ?
Les enfants avaient peur également
de me laisser seule avec leur père et il
fallait que je puisse prendre soin de
ma santé.
Mon mari et moi avons décidé à ce
moment de nous séparer, de prendre
deux logements, pas très loin l’un de
l’autre. Se séparer pour mieux se retrouver.
Petit à petit, au fil des mois la complicité
du début, la joie, le plaisir de
nous retrouver sont revenus. Nous arrivons,
à présent à partager des moments
heureux, à être épanouis. Notre
affection l’un pour l’autre grandit de
nouveau. Lorsqu’il n’est pas bien, ça
arrive encore, j’écourte ma visite sachant
que le lendemain il aura tout
oublié.
Cette vie finalement nous apporte
à tous deux cet équilibre qui nous avait
tant manqué ces dernières années. Ces
deux années de séparation, ont permis
aux enfants de connaître une vie de
famille, loin des peurs, des tensions et
de retrouver l’insouciance. Ils ont maintenant
19, 23 et 30 ans, bien dans leur
vie et heureux de notre bonheur retrouvé.
Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.
Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.
« L'Esprit que vous avez reçu ne fait pas de vous des esclaves, des gens qui ont encore peur ; c'est un esprit qui fait de vous des fils ; poussés par cet Esprit, nous crions vers le Père en l'appelant : "Abba !" »
de la Lettre de Saint Paul aux Romains
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« Remettons-nous entre les mains du bon Dieu ; il sait mieux que nous ce qu'il nous faut. »