Issue d’une famille très croyante et
pratiquante, mariée trop jeune, une
vie de couple sans Dieu, avec un seul
enfant, qui s’est terminée une vingtaine
d’années plus tard par un échec !
Quand j’ai rencontré celui qui devait
devenir mon mari, j’étais en recherche
d’un sens à donner à ma vie, mais en fait,
je cherchais du côté des ténèbres.
Lui, issu d’une famille non croyante,
une maman fragile psychiquement, qui
avait passé deux années dans une maison
spécialisée, une soeur suicidée cinq
ans plus tôt, à 25 ans. Lui-même avait
fait une tentative de suicide, sa vie avait
basculé alors qu’il faisait des études de
droit pour un avenir prometteur.
La compassion éprouvée à l’écoute de
ces confidences s’est peu à peu transformée
en un sentiment plus profond. Le
nom de la maladie n’avait pas été clairement
prononcé entre nous, mais je savais
qu’elle était redoutable et redoutée.
Pourtant avec la belle insouciance de
l’amour, j’ai décidé de lui consacrer ma
vie, de l’aider à vivre la sienne en lui
donnant le meilleur de moi-même.
Nous nous sommes mariés un 9 août,
jour de la Saint Amour, pour le meilleur
et pour le pire : je savais que j’allais avoir
à affronter le pire, mais je me sentais
prête.
A travers ces beaux projets, je pensais
tenir les rênes, mais déjà, je le sais
aujourd’hui, une main avait saisi la
mienne, une main qui allait ouvrir à nouveau
mon coeur à Celui que j’avais mis au
placard pendant des années, et j’allais,
peu à peu, me tourner vers lui pour tout
déposer entre ses mains, mais… je ne le
savais pas encore !
Toutes les manifestations de la schizophrénie
nous les avons vécues : bouffées
délirantes, hallucinations, manifestations
de voix menaçantes, hostiles,
etc…. et j’ai pu mesurer alors, dans toute
son horreur, l’extrême souffrance du malade,
pouvant l’amener au suicide auquel
par deux fois j’ai dû faire face !
Je travaillais alors, et quand il était
mal, par précaution, je l’enfermais dans
la maison le temps de mon absence, ne
sachant pas comment j’allais le retrouver,
toujours la peur au ventre.
Heureusement, il y avait de la compréhension
autour de moi, et j’ai eu la
chance de toujours trouver une aide efficace
auprès de mon fils et de ma bellefille
dans les moments difficiles, auprès
de ma famille aussi. Toutefois, je l’avoue,
je me suis souvent sentie désarmée, dépassée
par les évènements, et surtout
terriblement seule devant l’inconnu. Il
n’y avait pas à l’époque, à ma connaissance,
d’association comme « Relais »,
où j’aurais pu rencontrer d’autres personnes
dans notre cas.
A travers toutes ces épreuves pourtant,
devait survenir « l’éclaircie » ; et
ce fut lors d’une tentative de suicide qui
a bien failli être la dernière !
Nous habitions en face du presbytère,
et un dimanche, mon mari a subitement
éprouvé le besoin d’assister à la messe.
Je ne l’ai pas accompagné, redoutant un
autre écueil, celui de le voir tomber dans
l’excès.
Le curé de la paroisse, un homme chaleureux
et compréhensif l’a reçu plusieurs
fois ; il est venu chez nous, et un dimanche
de Pâques, j’ai accompagné mon mari
à l’église. A partir de ce jour tout a
changé.
Depuis plusieurs semaines mon mari
n’était pas bien, je le sentais au bord de
la rechute, et j’étais inquiète.
Au cours d’une promenade, passant
devant la basilique d’Avesnières, une pulsion
soudaine me fait lui dire : « tu n’es
pas bien en ce moment, va demander à
la Vierge Marie de te protéger, écris-le
sur ton livre d’intentions ». Ce qu’il fit !
Quelques jours plus tard, soudain, je
me sens mal à l’aise, une petite voix me
chuchote « il est en danger ! » et une
force, jamais ressentie, me propulse littéralement
vers la maison, alors que
j’avais encore deux heures de présence à
assurer là où j’étais.
J’ai trouvé mon mari exsangue, du
sang plein la bouche, un rasoir sur la
table…il s’était coupé l’artère à la saignée
du bras !
Les pompiers…l’hôpital…le cauchemar…
Mais, très vite, la pensée de Marie s’est
imposée à moi, et la conviction que
c’était son intercession qui avait sauvé
la vie de mon mari. J’étais revenue deux
heures plus tôt que prévu, un caillot avait
bouché l’artère, j’étais arrivée à temps !
L’intervention a été longue. Une infirmière
est venue me dire que des nerfs
vitaux avaient été touchés, qu’il lui faudrait
une rééducation, or il n’a pas eu
une seule séance !
En remontant dans le temps, j’ai vu
alors tous les signes de la présence de
Marie dans notre vie, le pire évité de justesse
une quantité de fois ! Alors mon
coeur s’est ouvert pour recevoir Jésus et
Marie en profondeur, et définitivement.
J’ai pris conscience que tout ce que
nous avions vécu, tout ce que nous vivions
encore, et tout ce que nous avions
encore à vivre, le Seigneur le permettait
pour nous transformer, nous rendre plus
forts, mais pour cela, il fallait lui faire
confiance et s’abandonner entre ses mains
et à sa volonté !
Nous avons pris l’habitude d’aller à la
messe tous les soirs, et par la suite, de
prier ensemble tous les matins, et notre
amour a pris une autre dimension.
Malheureusement, quelques années
plus tard, une autre épreuve nous attendait
: les parents de mon mari ont mis fin
à leurs jours… trop de souffrances et pas
d’espérance en celui qui pouvait tout
pourtant ! A la suite de cela, de nombreux
problèmes douloureux se sont succédés,
mais notre façon de les affronter
n’était plus la même.
Entre temps, un nouveau curé était
arrivé dans notre paroisse. Avec une
grande intériorité, il nous a aidés dans
notre cheminement à regarder plus loin
que les faits. Il est devenu notre directeur
spirituel au long des ans, et personnellement,
je lui dois beaucoup.
Aujourd’hui mon mari a atteint une
stabilité sur le plan psychique, mais la
maladie de Parkinson s’est déclarée il y a
deux ans et nous ne pouvons pas le soigner
sans risquer une rechute. Il se sent
régresser au niveau intellectuel, au niveau
de la compréhension, et il accepte
mal cette nouvelle épreuve. Pour l’aider
un peu, je lui rappelle que le médecin
qui le soignait en 1975 nous avait donné
10 ans de vie commune, et nous sommes
unis depuis 30 ans.
J’ai confiance et je suis dans la paix.
Mon caractère naturellement gai et optimiste
me donne une foi joyeuse, et je la
partage avec lui.
Maintenant j’aide les autres, ceux qui
vivent aujourd’hui ce que nous avons vécu
hier, ce que nous vivons encore, mais plus
sereinement.
Mon mari accepte sans réticence d’appeler
sa maladie par son nom, et si je
témoigne aujourd’hui, c’est avec son accord.
Marie n’a-t-elle pas dit, ici même à
PONTMAIN « Mais priez mes enfants, mon
Fils se laisse toucher ! » Je le crois, oui,
je le crois très fort.
Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.
Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.