À certaines heures, la relation avec une personne psychiquement malade ébranle la
patience des personnes les plus courageuses. Elles se trouvent alors affrontées à de
redoutables questions : « Est-ce que j’aime encore ? Mais ai-je le droit de trouver bien ce
qui ne l’est pas ? Où puiser la force de supporter l’insupportable ? »
Je pense alors à Marie, la mère de Jésus, quand celui-ci fut considéré comme
« insupportable » pour ses paroles et ses comportements.
Je relis d’abord ce que l’évangéliste Marc est le seul à rapporter.
« Jésus se rendit ensuite à la maison. Une telle foule s’assembla de nouveau que
Jésus et ses disciples ne pouvaient même pas manger. Quand les membres de sa famille
apprirent cela, il se mirent en route pour venir le prendre, car ils disaient : « Il a perdu la
raison ! » Un peu plus loin : « La mère et les frères de Jésus arrivèrent alors ; ils se
tinrent en dehors de la maison et lui envoyèrent quelqu’un pour l’appeler…Jésus répondit :
« Qui est ma mère et qui sont mes frères ? ». Puis il regarda les gens assis en cercle
autour de lui et dit : « Voyez : ma mère et mes frères sont ici. Car celui qui fait la volonté
de Dieu est mon frère, ma soeur ou ma mère ». (Marc 3, 20-34)
J’essaie d’imaginer ce que fut la réaction de Marie dans ces deux cas. Je m’efforce de
la relire à la lumière de deux autres passages. A Cana, Jésus lui avait dit : « Mon heure
n’est pas encore venue », mais il avait immédiatement donné un grand signe : « Et ses
disciples crurent en lui », et certainement Marie avec eux. Et lorsque Jésus avait douze
ans et qu’il resta dans le Temple avec les Maîtres de la Loi : « Pourquoi me cherchiez-vous
? Ne saviez-vous pas… ? » Et Luc de conclure : «Et eux ne comprirent pas la parole qu’il
leur avait dite ». (Luc 2, 49-50)
Marie a certainement vécu des moments difficiles, sans comprendre
immédiatement. Elle est toujours restée proche de Jésus, en vraie croyante, disciple de
son propre Fils.
Elle était là au pied de la croix, debout, courageuse, bouleversée par la souffrance de
son enfant et par les moqueries cyniques de ses adversaires. Quel drame pour une mère
extraordinaire devant la souffrance physique et morale de son fils dont elle percevait,
mieux que quiconque, la qualité spirituelle.
Qu’en tirer pour nos relations aux heures difficiles ?
D’abord être là ! Proche ! La présence constitue la principale preuve de tendresse et
de compassion, même muette. Les mots peuvent tout brouiller.
Conserver dans le coeur ses propres questions, souffrances. Garder la maîtrise sur le
bouillonnement de ses pensées.
Imaginer la souffrance qui habite certainement l’intimité de celui qui se sait rejeté. Et
en parler à un Dieu Père qui comprend ceux qui souffrent et ceux qui sont occasion de
souffrance. Invoquer l’Esprit Saint qui demeure en chacun.
Garder le contact avec les proches, comme Marie au Cénacle.
Et attendre, tenir bon : dans l’Espérance. Car, après les heures insupportables se lèveront
des jours meilleurs.
Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.
Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.