La maladie psychique d’un proche : épreuve ou chemin de conversion ?
Monique Durand-Wood,Ancien aumônier en établissement psychiatrique, théologienne
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Extraits de la conférence
Comment ne pas répondre aussitôt : à l’évidence, la maladie psychique d’un proche est une épreuve.
C’est même une épreuve multiforme :
- qui touche notre cœur, parce que ce proche qui est malade, nous l’aimons ; et nous peinons de le voir souffrir ;
- qui touche notre esprit, parce que nous ne comprenons pas grand-chose à sa maladie ;
- qui peut toucher notre santé, parce que le stress paraît insurmontable ;
- enfin, qui touche la vie familiale et la vie sociale, parce que les repères changent, et nous ne savons plus, quelquefois, où trouver des appuis.
Quant à être un chemin de conversion - c’est moins sûr... Que veut-on dire, d’abord, par conversion ? S’il s ‘agit d’un retournement, d’un changement dans nos façons de voir, alors là oui, nous sommes retournés ! Mais c’est plus que cela, c’est plus exigeant. D’autres que nous, qui sont passés aussi par les épreuves, en ont témoigné :
La conversion, ou plutôt le début de conversion, son ébauche, est un mouvement de relèvement. Et ce relèvement, cette remise debout, nous ouvre un nouveau chemin de vie sur lequel, plus tard, il arrivera de rendre gloire à Dieu !
Rendre gloire, non pas pour l’épreuve, non pas pour les souffrances. Mais pour les traces de Vie présentes malgré l’épreuve, sous l’épreuve, comme ces fleurs fragiles qui poussent parmi les pierres ou sous la neige.
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Se lever, marcher en portant sa misère, et rendre grâce à Dieu pour cette guérison de l’âme. Non pas une guérison physique, ni mentale, ni sociale, non pas la résolution de tous les problèmes surgis avec la maladie, non, la guérison de l’âme : soit une réconciliation profonde. Avec Dieu, avec les autres, et avec soi-même. Ce chemin ne se fait pas seul.
Une conversion s’opère grâce à des rencontres, et elle conduit à des rencontres.
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J’ai retenu trois épreuves particulières, trois moments clés que nous, familles, avons à affronter, et qui ouvrent pour nous des chemins de conversion possible. La perte des ambitions L’identité défigurée L’excès de culpabilité
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Et comme la Bible est un livre extraordinaire, qui parle de tout l’être humain, de tout ce qui l’agite, dans sa vie quotidienne et dans sa relation avec Dieu, j’ai retenu aussi trois récits - qui rapportent ces trois types d’épreuve, et annoncent en même temps les voies d’une conversion -. Ces trois récits sont les suivants : Le sacrifice d’Isaac, La confrontation entre le roi David et son fils Absalon, L’épreuve de Job
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ABRAHAM, DAVID et JOB : la Foi, l’Amour, l’Espérance.
Abraham :
Ayant renoncé à tout projet d’avenir sur son adolescent, délivré, au fond, de cette responsabilité, ayant remis à Dieu le destin d’Isaac, et ayant vu, dès lors, ce fils autrement, ayant retrouvé un fils autre, Abraham, apaisé, redescend de la montagne. C’est toujours Isaac à son côté, mais ce n’est plus le même fils. Cet Isaac-là est un homme. Libre.
Abraham a eu foi jusqu’au bout, par-delà la mort programmée du fils. La promesse de Dieu, qu’il a entendue en lui autrefois, dès son départ de Chaldée, cette promesse, même anéantie en apparence, surpasse les promesses de la terre. Dieu, Source de Vie, est plus précieux que nos biens les plus précieux. « Abraham a eu foi », dira st Paul, et « cela lui a été compté comme justice ».
Mais il a modifié aussi sa représentation de Dieu. Dieu n’est plus une autorité - légitime mais dévoratrice - qui réclamerait le sang de ses enfants. Il est un Dieu qui accompagne nos croissances intérieures, y veille, et en cela il est digne de foi. La conversion d’Abraham s’appuie sur la foi.
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David :
David a éprouvé un grand chagrin lors de la mort d’Absalon. Il paraissait inconsolable. Rien n’avait modifié ses sentiments de tendresse envers ce fils. Il a pris le deuil longtemps. Trop longtemps selon son entourage. D’autres avaient besoin de lui : enfants, femme, conseillers, amis, et anonymes... Il lui fallait se tourner ailleurs, entendre cet appel qui venait d’autres voix. Il s’est retourné. Il a fini par entendre.
Nous mettons du temps, quelquefois, à écouter tout simplement. A nous rappeler que nous avons une famille, des connaissances, que des inconnus même, peuvent nécessiter notre aide. Nous avons besoin d’être réveillés par notre « chef d’armée », notre conscience, comme l’a été David.
L’amour appelle depuis d’autres horizons. Et le fait de l’entendre nous relève. La conversion de David, son relèvement, s’appuie sur l’amour.
Job :
Combien d’êtres humains, comme Job, ont traversé la nuit ! Il y a un petit livre qui s’appelle « La traversée de la nuit », de Geneviève De Gaulle Anthonioz. Le livre raconte son expérience de déportation à Ravensbrück. Il témoigne aussi de l’espérance de cette femme, frappée, humiliée, découragée parfois, mais tournée vers les traces de vie qui persistaient dans sa mémoire, et même dans son cachot. Ainsi, elle s’était attachée à un insecte, un cafard auquel elle laissait des miettes de son pain.
Elie Wiesel témoigne aussi de cette expérience, comme Juif déporté, dans un ouvrage qui s’appelle simplement : « La Nuit ». Et il y a cette prière d’Etty Hillesum, dans son livre « Une vie bouleversée » : « Mon Dieu, que nous défendions jusqu’au bout la demeure qui t’abrite en nous ! »...
C’est peut-être ici notre témoignage particulier : rappeler autour de nous, où se vivent tant d’autres drames, qu’il y a toujours « une lumière dans la nuit », comme dit le logo de l’association...
Ainsi, Job, rongé d’abord par la culpabilité, presque anéanti, est amené à creuser en lui, sur l’insistance de sa femme, jusqu’à produire et faire éclater la révolte. Et sa révolte, comme dans des psaumes, restaure sa relation avec Dieu. La conversion de Job s’appuie sur l’espérance.
Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.
Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.
Après la mort de Moïse, serviteur de Yahvé, Yahvé parla à Josué, fils de Nûn, l’auxiliaire de Moïse, et lui dit (…): « Je serai avec toi comme j’ai été avec Moïse, je ne t’abandonnerai point ni ne te délaisserai. (…) Sois fort et tiens bon, car c’est toi qui vas mettre ce peuple en possession du pays que j’ai juré à ses pères de lui donner. Seulement, sois fort et tiens très bon pour veiller à agir selon toute la Loi que mon serviteur Moïse t’a prescrite. Ne t’en écarte ni à droite ni à gauche, afin de réussir dans toutes tes démarches. *Que le livre de cette Loi soit toujours sur tes lèvres : médite le jour et nuit afin de veiller à agir selon tout ce qui y est écrit. C’est alors que tu seras heureux dans tes entreprises et réussiras. Ne t'ai-je pas donné cet ordre : sois fort et tiens bon ! Sois sans crainte ni frayeur, car Yahvé ton Dieu est avec toi dans toutes tes démarches. »
« Je suis venu pour que les hommes aient la vie, et qu'ils l'aient en abondance »
Jn 10,10
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« Le mieux est de remettre toutes choses entre les mains du bon Dieu et d'attendre les événements dans le calme et l'abandon à sa volonté.