Une famille comme il y en a tant. Il
s’agit du plus jeune fils, très pressé de
“ vivre sa vie ”, ce qui permet toutes les
bêtises. Ce jeune est le prototype de
bien d’autres, présentant une instabilité
de tous les instants, des petits vols
par-ci par-là, la course à l’alcool... Le
père a bien tenté de voir le psychiatre
qui a diagnostiqué un manque de maturité,
un fond de déséquilibre
psychopathologique, une impulsivité
avec la répétition des mêmes erreurs.
Et, un beau jour, le fils décide de quitter
sa famille.
“ Père, donne-moi la part de
fortune qui me revient ”
Etre père et mère, c’est vivre ces situations
où la rupture est toujours imminente,
c’est accepter ces arrachements
auxquels on ne peut rien. Il faut
que le jeune fasse son expérience,
même si elle est dramatique, même si
on sait qu’elle est vouée à l’échec, même
si elle doit être douloureuse pour lui,
douloureuse pour eux. “ Vous n’allez
pas me faire encore le coup du chantage
affectif ! ”
Etre père et mère, c’est accepter de
ne plus l’être pendant un certain temps.
Il faut accepter cette “ dé-fusion ”, nécessaire
pour le jeune parce qu’il ne
pourra exister, grandir et s’épanouir que
s’il est confronté à la réalité, en dehors
de la fusion avec le père ou la mère. Il faut beaucoup d’humilité de la part des
parents et se contenter de faire des rappels
discrets, même si le besoin d’autonomie
s’exprime brutalement, avec un
dérèglement dans les liens affectifs et
la communication.
“ Et le père leur
partagea son bien ”
Etre père et mère à l’image de Dieu,
c’est accepter et vivre cette capacité de
détachement. Dieu n’a pas cessé
d’aimer l’homme et d’accepter que
l’homme se détache de Lui. Et cette
acceptation sans condition peut aller
jusqu’à la dépossession absolue, jusqu’à
donner avant l’heure tout ce qui
lui revient.
“ Il partit pour
un pays lointain… ”
Partir pour un pays lointain, cela
peut être signer un engagement à la
Légion Etrangère pour une vie de mercenaire
… Le pays lointain se situe
aussi, à travers le déséquilibre qui peut
s’accentuer, au fin fond d’une prison.
Il est d’autres pays lointains qui
s’appellent la maladie mentale, les accidents
psychotiques, la galère de l’alcoolisme,
des drogues et de la prostitution.
Une sorte de dynamisme de l’échec
absolu s’installe, comme s’il fallait, pour
arrêter tout cela, être vraiment enfermé.
La maladie mentale et certains handicaps
mentaux sont vraiment des pays
très lointains, où la communication se
fait difficilement, où la compréhension
mutuelle est de plus en plus réduite.
Les médecins, de leur côté, peuvent être
amenés à prescrire certains médicaments
qui deviennent un toxique supplémentaire…
et la spirale s’installe.
“ Et y dissipa son
bien dans une vie
de prodigue. Quand il eut tout dépensé…, une
famine survint en ce pays et il
commença à sentir la privation…
qui l’envoya dans ses champs
garder les cochons ”
En tant que père et mère, il faut aller
jusqu’au bout de cette expérience.
Quelle souffrance de voir dépérir sur
tous les plans nos enfants pour lesquels
nous gardons quand même un amour
sans limite. Il faut qu’ils vivent, qu’ils
traversent la privation, qu’ils connaissent
même ces lieux d’impureté que représente,
dans l’Evangile, la compagnie
des cochons. Ils sont nombreux, en nos
jours, les lieux d’impureté, de grande
ignominie. Et pourtant, la générosité de
Dieu, Amour et Miséricorde, est toujours
aux portes de la situation la plus dramatique.
Ceci explique que les corps,
les âmes et les esprits les plus brisés
gardent leur capacité de prier, de rencontrer
dans leur misère, Dieu, leur
Père.
“ Père, j’ai péché contre
le Ciel et contre toi …”
Il a fallu attendre la famine, le vide
existentiel, l’isolement insupportable où
personne ne se doute de votre détresse.
Il a fallu :
- qu’il quitte ses perversions pour
découvrir la culpabilité, le regret.
- qu’il éprouve l’humiliation pour accéder
à l’humilité.
- qu’il traverse l’échec absolu pour
redécouvrir une espérance.
Il a fallu le retour sur soi, la relecture,
la conversion : “ Rentrant alors en
lui-même, il se dit je vais aller vers mon
père ”. Il alla vers son père. Son premier
mot est : “ Père, je ne mérite plus
d’être appelé ton fils…” Le fils redonne
aussitôt son plein être au père. Il le restitue
dans sa totale paternité qui ne
peut se réaliser que dans une reconnaissance
mutuelle. Etre père et mère,
parents en humanité, à l’image de Dieu
le Père, c’est voir en cet enfant qui nous
est né, qui est déchu et écrasé, le don
même de Dieu, la présence même de
Dieu. Cette présence du Père, du Fils et de l’Esprit en ceux qui sont nos enfants
ne s’arrête pas à l’innocence de
la petite enfance. Il faudra toute notre
vie la développer, l’actualiser, surtout
dans les moments les plus difficiles.
Conclusion
La co-création de l’enfant n’est pas
une simple transmission cellulaire.
C’est tout le Message du couple. Elle
est affaire de Parole, qui passe par la
voix, par le toucher et les gestes.
“ Le fruit de vos entrailles est béni ”,
mais la maternité passera par un arrachement
où la mère accepte de désigner
à l’enfant son père. Le père n’exercera
réellement sa paternité que s’il est
accepté comme tel par la mère.
Notre amour de père et mère,
comme celui de Dieu, doit parfois passer
par la Passion, attendre des années
de séparation physique ou mentale. Cet
amour ne trouve sa vérité que dans la
gratuité absolue, don de Dieu.
Le Docteur Dominique Faidherbe, diacre du diocèse de Saint Brieuc, était alors médecin à l’hôpital psychiatrique de Begard, Côtes d’Armor, accueillant dans son service 125 patients. D'autre part,
il était souvent appelé à déposer aux Assises, dans l’urgence, et se trouvait régulièrement confronté
au drame de parents face à leurs enfants “ prodigues ”. Il a lui-même quatre enfants et quatre
petits-enfants.
Chaque Jeudi à l’heure d’un Angélus, nous prions pour tous les membres des groupes Relais Lumière Espérance. Ainsi, dans une prière commune nous nous soutenons tous les uns les autres.
Ecoute, Seigneur, réponds-moi, car je suis pauvre et malheureux.
Veille sur moi qui suis fidèle, Ô mon Dieu,
Sauve ton serviteur qui s’appuie sur Toi.
Après la mort de Moïse, serviteur de Yahvé, Yahvé parla à Josué, fils de Nûn, l’auxiliaire de Moïse, et lui dit (…): « Je serai avec toi comme j’ai été avec Moïse, je ne t’abandonnerai point ni ne te délaisserai. (…) Sois fort et tiens bon, car c’est toi qui vas mettre ce peuple en possession du pays que j’ai juré à ses pères de lui donner. Seulement, sois fort et tiens très bon pour veiller à agir selon toute la Loi que mon serviteur Moïse t’a prescrite. Ne t’en écarte ni à droite ni à gauche, afin de réussir dans toutes tes démarches. *Que le livre de cette Loi soit toujours sur tes lèvres : médite le jour et nuit afin de veiller à agir selon tout ce qui y est écrit. C’est alors que tu seras heureux dans tes entreprises et réussiras. Ne t'ai-je pas donné cet ordre : sois fort et tiens bon ! Sois sans crainte ni frayeur, car Yahvé ton Dieu est avec toi dans toutes tes démarches. »
« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins. Autant le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant mes chemins sont élevés au-dessus des vôtres, et mes pensées, au-dessus de vos pensées. »
du Livre d'Isaïe
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Dans l'épreuve, bien que « j'étais accablée de travail et de soucis de toute espèce, j'avais cette ferme confiance d'être soutenue d'en-haut.
Le bon Dieu n'en donne jamais au-dessus des forces. »